Marcher, rouler, glisser. Voilà à quoi la mobilité de demain devrait ressembler. Encouragée par les pouvoirs publics, la mobilité douce est peu à peu adoptée par les particuliers. Quelles solutions existent et comment les développer?

 

Chloé Vincent
conseillère à la Cellule Mobilité de l’UnionWallonne des Entreprises.

Que recouvre le terme de mobilité douce?

« Il comprend tous les moyens de déplacement considérés comme étant propres et respectueux de l’environnement. On pense à la marche, au vélo, à la trottinette, aux patins à roulettes. Les transports en communs sont, quant à eux, considérés comme de l’éco-mobilité dans le sens où ils génèrent quelques émissions de gaz à effet de serre. Même s’ils sont moins polluants que l’utilisation de la voiture particulière, ils n’entrent pas dans le concept de mobilité douce. »

Quelles solutions constituent l’avenir et sont à privilégier?

« Au niveau des entreprises, on va encourager les employeurs à privilégier le vélo et la marche à pied en mettant en place des infrastructures. On développe des parkings vélo mais aussi des douches et des vestiaires. Quand une entreprise développe l’infrastructure en ce sens, elle peut bénéficier d’une déduction fiscale. On leur conseille également de mettre en place des incitants financiers pour le vélo avec une indemnité de 0,22 euro/km non imposable pour les personnes venant à vélo. Les employés venant à pied, eux, ont droit à 15 cents euro/km. Les avantages sont environnementaux, économiques et bénéficient aussi aux travailleur qui sera plus productif et en meilleure santé. »

Quels peuvent être les moteurs de croissance d’une telle mobilité?

« En Wallonie, le meilleur objet de croissance est le vélo à assistance électrique car un des freins récurrents ici sont les montées. Or le vélo électrique est une solution à ce problème et, du coup, il se développe. Les entreprises, les communes, les provinces et la Wallonie mettent en place de plus en plus d’infrastructures comme les pistes cyclables pour faciliter son utilisation. Nous agissons au sein des entreprises afin de les aider à conscientiser les travailleurs. Mais les entreprises ne sont pas toutes seules sur ce terrain et on a clairement besoin du soutien des administrations et des politiques pour étendre ces modes doux. »



Frédéric Verdin
directeur de Tracé Libre, solutions pour une mobilité durable.

Que recouvre le terme de mobilité douce?

« Je parle plutôt de mobilité durable qui associe à la fois l’aspect social, économique et environnemental de la mobilité. La mobilité douce est aussi, pour moi, de l’éco-mobilité. C’est-à-dire la mise en place de systèmes d’organisation alternatifs et innovants, en vue d’être plus en accord avec l’aspect social, économique et environnemental des villes ou des sociétés au sein des entreprises. C’est, enfin, la proposition de solutions de mobilité comme des modes de transports innovants et alternatifs, domaine que je traite avec Tracé Libre. »

Quelles solutions constituent l’avenir et sont à privilégier?

« Le vélo aura certainement sa place. Mais les systèmes d’organisation vont se modifier au sein des communautés de citoyens. Il y aura beaucoup plus de partage et de systèmes collaboratifs mis en place. Avec notamment des systèmes de vélos communs munis de cadenas électroniques connectés permettant d’ouvrir ou de fermer la serrure avec un smartphone. Je vois plutôt une inter-modalité de différents systèmes pour se déplacer. On tend vers une plus grande mise à disposition de modes de transports doux et une approche collaborative. L’usager va de plus en plus vers une utilisation multiple des modes de transport. Il va y avoir une mutation, c’est en ce sens que tend la politique de la mobilité. »

Quels peuvent être les moteurs de croissance d’une telle mobilité?

« Les facteurs de croissance viendront des citoyens qui sont les premiers utilisateurs, mais ils doivent être soutenus par la politique. L’explosion d’internet et des smartphones fait en sorte que le citoyen peut prendre en charge sa mobilité beaucoup plus facilement qu’avant. Notamment par les applications permettant une gestion optimale d’un trajet. La sphère politique doit vraiment prendre en compte l’explosion de ces outils, comme les applications facilitant la mobilité, en les intégrant dans leur politique de déplacement. »



Hélène Marcelle
Sociologue et Mobility Manager au Service Public Francophone Bruxellois.

Que recouvre le terme de mobilité douce?

« La mobilité douce offre la possibilité de vivre une expérience de mobilité plus en phase avec l’expérience que nous ressentons avec nos cinq sens. La marche ou le vélo ont un impact en terme de déplacement, de qualité de vie, de rapport à la ville. Elle porte mal son nom et devrait s’appeler mobilité efficace. La mobilité liée aux machines produit des contre-effets d’immobilité et n’est plus le paradigme actuel. La mobilité d’aujourd’hui est à la fois entre l’idée de mobilité prétendument lente et physique et celle de communication, avec l’usage des technologies de l’information. La mobilité douce est une catégorie relevant d’un champ et d’une vision politique où la machine et la voiture restent le référentiel. »

Quelles solutions constituent l’avenir et sont à privilégier?

« Il n’y a pas de rupture entre des solutions matérielles et comportementales. Les grandes politiques et aménagements de mobilité ont été faits sur base d’une action publique coordonnée qui impacte les niveaux individuels, collectifs, structurels et technologiques. Sans ces quatre dimensions, on loupe des facteurs de faisabilité. A Bruxelles il y a des débats autour du péage urbain, de la piétonisation, des parkings de dissuasion, du RER. On peut se placer d’un point de vue plus transitionnel et non de développement durable. La mobilité de demain est une mobilité de résilience, sans faire un choix d’un mode contre un autre. Cela doit passer par le collectif, la mise en commun des ressources. »

Quels peuvent être les moteurs de croissance d’une telle mobilité?

« Tant qu’on considère la mobilité douce comme une solution sans un projet de société, on n’aura pas de réponse aux enjeux de demain. La question est structurelle, il faut une approche globale. On pourrait construire autre chose que des voitures non polluantes, par exemple. Le recyclage et le partage sont la vraie innovation sociale de demain. On n’utilise pas notre voiture 90% du temps, elle est donc polluante et inutilisée. Il faut soutenir les grandes entreprises qui produisent des voitures pour les amener à produire autre chose. »