De tous les défis qui guettent la ville de demain, c’est l’énergie qui s’annonce le plus ardu à relever. Puisque la démographie urbaine croît, il se situe entre la nécessité de produire plus d’énergie et celle de rendre les cités plus vertes. Un challenge qui ne fait pas trop peur au Ministre.

Vous êtes aussi Ministre de la Ville. Quel est le plus gros défi des centres urbains de demain concernant l’énergie ?
« Ramener les gens en ville, tout simplement! Pour éviter des dépenses énergétiques inutiles, notamment en matière de mobilité. Briser certains de nos modèles. Prenez par exemple la villa 4 façades à l’écart des villes. C’est une vision des années 70, complètement dépassée aujourd’hui. Ces maisons consomment bien trop d’énergie. Et leur localisation, décentrée, pousse trop souvent leurs habitants à utiliser leur voiture pour la moindre course. Il faut faire évoluer les mentalités. »

Les faire évoluer, certes. Pour en arriver à quelle forme de «ville de demain» ?
« Multimodale et à la croisée des chemins entre écologie, innovation et mobilité. Je déposerai, en septembre, une motion expliquant ce que devrait être cette fameuse ville de demain, selon moi. Ce sera le fruit d’un long travail de réflexion et de concertation avec les autres ministres impliqués. Cette motion débouchera sur du concret. Vous verrez. »

 

La meilleure énergie est celle qui n’est pas consommée 

 

Inévitablement on en vient à parler d’éoliennes… Quid de leur déploiement en Wallonie ?
« Nous constatons actuellement un désamour clair, net et assez généralisé, de la population envers ces structures. Qui, selon moi, vient surtout d’un manque d’information. Aujourd’hui, trop de Wallons pensent qu’ils vont se réveiller avec des éoliennes au milieu de leur jardin. Nous sommes en train d’établir un cadastre précis du nombre que l’on peut implanter sur tout le territoire wallon. Il n’y en aura ni une de plus, ni, je l’espère, une de moins. Nous allons assouplir leur implantation dans les zones où elles causeront le moins de nuisances. Mais pas ailleurs, bien entendu. »

Quel est le principal souci d’un ministre en charge de l’énergie ?
« Que la politique énergétique est un défi majeur pour nous, ici et maintenant. Mais aussi, et surtout, pour les générations futures. Il faut donc développer une vision à long terme en la matière. Par ailleurs, il existe aussi une importante implication sociétale. Car il importe de maîtriser les coûts de l’énergie pour éviter que la facture du consommateur ne grimpe encore plus. Bref, il faut économiser les ressources. Ma devise de base est d’ailleurs que la meilleure énergie est celle qui n’est pas consommée (rires). C’est l’un des constats qui sous-tend une partie de ma vision énergétique. »

Et quelle serait votre vision?
« Pour l’établir, nous nous basons sur des objectifs européens. Bref, nous nous inscrivons dans un contexte dont nous ne maîtrisons pas toutes les composantes. Nous établissons donc des hypothèses de ce que pourrait représenter la Wallonie sur l’échiquier énergétique européen. Même si, il faut bien l’avouer, nous sommes un peu dans le vague à ce niveau-là. »

 

Il existe un désamour entre la population et les éoliennes

 

La définition d’une politique énergétique dépasse les frontières «naturelles» des régions et des pays ?
« En effet. En 2010, le Gouvernement wallon avait mandaté la société Cap Gemini Consulting pour l’aider à définir sa politique énergétique et atteindre l’objectif européen qui imposait à la Belgique 13% d’énergie d’origine renouvelable, hors énergie off-shore, dans la consommation finale brute d’énergie en 2020. »

Que s’est-il passé depuis ?
« D’abord, il fallait absolument redéfinir les objectifs wallons en veillant à maintenir le coût pour la collectivité à un niveau acceptable, tout en permettant le développement des énergies renouvelables. Ensuite, les choses ayant changé depuis 2010, nous avons intégré le nouvel objectif européen d’au moins 27 % en ce qui concerne la part des énergies renouvelables dans la consommation énergétique de l’Union Européenne à l’horizon 2030. Enfin, de manière générale, il fallait lever l’incertitude dans laquelle se trouve le secteur, qui ne dispose pas d’une vision post-2016, quant aux objectifs wallons en matière de quotas et enveloppes. »

La villa quatre façades à l’écart des villes est une vision des années septante 

 

On fait comment pour tenter d’atteindre ces objectifs?
« Chacun y mettra du sien (rires). Le Gouvernement wallon a donc adopté définitivement le projet d’arrêté instaurant un régime de primes aux particuliers favorisant les économies d’énergie et la rénovation des logements. Les travaux réalisés au domicile, en matière d’économies d’énergie, donneront droit à la prime “énergie”. Les travaux indispensables en matière de salubrité et de rénovation, eux, donneront droit à la prime “Rénovation”. »

Qui aura droit à quoi, dans le détail ?
« Pour la prime “énergie” ce sera dans le cadre d’investissements pour les logements d’au minimum 20 ans. Concernant des travaux en rapport avec l’isolation thermique du toit, des murs ou du sol. Sans oublier l’installation de systèmes de chauffage ou d’eau chaude sanitaire performants. Comme une chaudière au gaz naturel à condensation, une pompe à chaleur pour l’eau chaude sanitaire, une pompe à chaleur chauffage ou combinée, une chaudière biomasse ou un chauffe-eau solaire. Pour la prime “Rénovation”, cela concerne les travaux de toiture, l’assèchement, la stabilité et la salubrité des murs et du sol, l’installation électrique, ou le remplacement des menuiseries extérieures. Avec un plafond à 70 % des factures pour chacun des travaux. Le tout sans négliger l’aspect social des choses. »

Et comment faire pour ne pas oublier cet aspect social?
« En aidant les propriétaires qui en ont vraiment besoin. De nombreux ménages n’étaient pas capables de lancer un chantier énergétique car ils ne disposaient pas des liquidités. Résultat, on passait complètement à côté de l’objectif.  Nous avons lancé le prêt à taux zéro, qui leur permettra de financer leurs travaux pour avoir droit aux primes. »