Alors que la semaine de la mobilité vient de mettre en valeur la nouvelle application de covoiturage ComOn, les experts abondent dans le même sens. L’avenir de la mobilité en Belgique passe par une intermodalité reliftée, c’est à dire combiner plusieurs moyens de transport lors d’un seul trajet mais en sortant du traditionnel voiture-train-métro plébiscité par les navetteurs. Un exemple? Réserver une voiture Cambio pour faire ses courses au supermarché puis prendre le bus pour déjeuner avec un proche, louer un Villo pour faire une balade dans la forêt et terminer par un trajet en RER pour rentrer chez soi. La carte Mobib vous donnerait accès à tous les transports disponibles sur le marché.

Encouragez espaces de coworking
Bien sûr, cette mobilité nouvelle concerne surtout la population active. C’est pourquoi il faut tenir compte des mutations de l’entreprise. « Le déplacement le plus intelligent est celui qui est évité, raison pour laquelle le télétravail et les espaces de coworking doivent être encouragés. À raison d’un jour par semaine, ces initiatives pourraient éviter 20 % des déplacements », plaide Benoît Minet, responsable de la Cellule Mobilité de l’Union Wallonne des Entreprises. La conséquence ? Un changement radical du visage de la ville. « Au lieu d’une place de parking et d’un espace bureau par employé, l’entreprise pourrait aménager un espace vert ».

 

Le déplacement le plus intelligent est celui qui est évité, raison pour laquelle le télétravail et les espaces de coworking doivent être encouragés – Benoît Minet

 

Mettez en disposition voitures et vélos
Si tous les secteurs ne peuvent adopter le télétravail, il existe d’autres solutions: développer les relations avec les entreprises voisines pour optimaliser le covoiturage ou mettre à disposition un pool de voitures ou de vélos partagés. Mieux, des vélos avec assistance électrique. Benoît Minet poursuit : « Ce serait une solution idéale car le vélo électrique diminue l’effort – on n’a pas peur d’arriver en nage au travail – et augmente la distance qu’on est prêt à parcourir, jusqu’à 15 kilomètres au lieu de 5 ou 6. »

Lieu de travail vs. lieu de résidence
À long terme, le profil de nos villes est amené à changer de manière plus profonde. « Nous sommes à un tournant historique de l’histoire urbaine, surtout en Belgique », assure Yves Hanin, professeur à l’UCL et sociologue urbaniste du CREAT (Faculté d’architecture, d’ingénierie architecturale et d’urbanisme). « Dans d’autres pays, on déménage quand on change de job. Chez nous, le pays est si petit et le réseau routier si dense qu’on dissocie le lieu de travail de celui de résidence », explique-t-il.

 

Dans d’autres pays, on déménage quand on change de job. Chez nous, le pays est si petit et le réseau routier si dense qu’on dissocie le lieu de travail de celui de résidence – Yves Hanin

 

Rapprochez le travail
L’attachement du Belge à sa maison implique qu’il faut trouver des solutions pour rapprocher le travail à l’habitation. À l’heure actuelle, les entreprises choisissent de s’implanter soit à proximité d’une gare de train ou de métro, soit dans des zones d’activité économique sans problème de parking, mais où les transports en commun sont rares. En outre, le changement climatique fait peser la menace d’une taxe sur les déplacements et d’une hausse du prix des carburants.

Propriétaire devient utilisateur
« L’une des alternatives est de développer de nouvelles zones où se concentrent une activité de services, de commerces et de loisirs. À l’instar de Louvain-la-Neuve qui est devenue un pôle d’activité grâce à son accessibilité en voiture au sous-sol, sa gare au centre-ville, ses commerces et ses terrasses au calme. Des villes de ce type peuvent se construire ailleurs en Wallonie. », commente Yves Hanin. À terme, on ne serait plus propriétaire d’une voiture mais utilisateur d’un véhicule partagée, on voyagerait en RER pour des distances moyennes, on monterait dans un bus Rapido pour bouger d’une ville wallonne à une autre et on optimiserait le covoiturage.

Plus de temps mort
Atteindre ces objectifs nécessite des applications sur smartphone extrêmement performantes pour permettre de trouver un lift en temps réel. « Car à notre époque, avec un tel niveau de communication et d’information, il n’y a plus de temps mort. On décide au dernier moment. » Dans le scénario d’Yves Hanin, le centre-ville du futur sera par conséquent plus apaisé, grâce à la diminution du bruit et de la pollution des voitures. Idyllique ?