Tout le monde il sera beau, tout le monde il sera gentil, quand il s’agira de tracer les contours de la ville du futur? C’est de moins en moins évident.

La ville = un concept abstrait
François Schuiten, dessinateur passionné par cette thématique, comme en témoignent sa récente exposition Revoir Paris et son implication dans la réhabilitation pour le futur de la gare de Schaerbeek en un Musée du Train, se rangerait plutôt parmi les réalistes. « Mais quand-même un peu rêveurs », rajoute-t-il. « Dessiner l’environnement urbain du futur est une manière de la comprendre et de se l’approprier. La ville est un concept de plus en plus abstrait, large et complexe. »

 

La ville du futur contiendra à la fois du beau et du terrifiant – François Schuiten

 

A la croisée d’un série de disciplines
Et c’est aussi l’avis de l’architecte Pascal Daspremont, qui a conçu le MICX (Mons International Congress Xperience), l’un des bâtiments érigés dans le cadre de Mons 2015, et splendide vaisseau amiral des centres de congrès belges à la pointe de la modernité.  « Le MICX est un bon exemple de la manière dont je vois le futur en termes urbanistiques. Á la croisée de toute une série de disciplines », pointe-t-il.

Pensez plus largement
Car le métier-même d’architecte est appelé à beaucoup évoluer. En effet, au-delà du beau et du fonctionnel, les professionnels en la matière doivent dorénavant penser bien plus largement. Daspremont: « Ici, nous avons par exemple donné naissance à un bâtiment 100% passif pour répondre au souci écologique qui sera vraiment prépondérant dans les prochaines années. » Il faut surtout que chaque idée s’inscrive dans un cadre général et cohérent.

Bien sûr à proximité de…
Sinon, le concept-même de “ville du futur” n’a plus de sens. « Voilà pourquoi nous avons choisi un terrain à proximité de la gare de Mons pour ériger le MICX. Il n’aurait en effet servi à rien de penser à une construction dotée de performances énergétiques parfaites si le seul moyen de s’y rendre avait été… la voiture », conclut l’architecte.

 

Inscrire la ville dans son avenir passera par un total bouleversement – Pascal Daspremont

 

Télétravail favorisera la ville de demain
L’enjeu dépasse bien entendu le cadre de la mobilité. C’est carrément un changement de société qui se révèlera. « On ne s’en rend pas encore bien compte », conclut Daspremont. « Mais inscrire la ville dans son avenir passera par un total bouleversement. » Jusque dans des domaines où l’on ne s’y attend pas trop. Par exemple la politique de l’emploi. Où un vrai plan en matière de télétravail favorisera une ville de demain plus verte et plus respectueuse de l’environnement.

Nombre de citoyens augmentent, déchets augmentent
Puisque les trajets domicile-bureau seront alors concrètement limités. Autre secteur impacté quand on pense à la ville du futur : la politique des déchets. Si le nombre de citadins augmente, il faudra penser à installer des centres de recyclage proportionnels. Une vision des choses bien plus large que les « simples » préoccupations urbanistiques ou architecturales, donc.

Ne soyez pas naïf
Qui recoupe parfaitement la manière dont François Schuiten considère, lui aussi, l’avenir de nos cités. « Mais c’est justement parce que l’on a conscience des difficultés qui s’amoncellent dans la conception des villes du futur que l’on peut en ébaucher des projets qui ne soient pas naïfs. » Une chose dont il faut tenir compte: éviter les images d’épinal. Genre les espaces verts et les petits oiseaux qui chantent. « Cette “ville du futur” contiendra du beau. Mais aussi du terrifiant. Si l’on ne comprend pas ça, on est juste naïf. »