Que l’on se rassure: les villes n’étaient pas « bêtes » avant. Pas plus qu’elles ne sont devenues des bêtes de concours de nos jours. Qu’entend-t-on précisément par « ville intelligente » ?  « Si je devais donner une définition, je dirais que la smart city privilégie, dans son approche générale, la décentralisation, le contrôle par les citoyens et l’ouverture aux technologies pour le bien-être du plus grand nombre », résume Richard Sennett, sociologue français spécialisé dans la politique de la ville. « La technologie doit contribuer à donner à la ville une énergie nouvelle dans tous les sens du terme. Cela est possible si nous envisageons nos outils technologiques comme des moyens de développer de nouveaux services “intelligents” ».

Intelligent mais solide
C’est vers cette tendance que Bianca Debaets (CD&V), Secrétaire d’État à la Région de Bruxelles-Capitale, en charge de l’informatique et de la transition numérique, tente de se diriger, même si elle donne l’image d’un manque d’ambition. Mais elle assume et préfère des fondations solides pour bâtir la ville intelligente de demain.

 

Des fondations solides pour bâtir la ville intelligente de demain – Bianca Debaets

 

Initiatives favorisées
Actuellement, les technologies numériques bruxelloises favorisent trois initiatives : « Fiber to the School », l’internet à haut débit dans toutes les écoles bruxelloises. « Urbizone », qui entend étendre l’accessibilité du wi-fi à Bruxelles. Et l’« open data », consistant à mettre à disposition des citoyens un maximum de données utiles. Par exemple: les infos en temps réel des transports publics, etc. Bianca Debaets poursuit : « Pour moi, le concept de “smart city ” consiste surtout à proposer des services au quotidien. Dans le futur, on espère aller plus loin… »

La fin justifie les moyens
Des perspectives d’avenir sur lesquelles se penche le « Smart City Institute », dirigé par le professeur de l’Université de Liège Nathalie Crutzen. « À terme, l’enjeu de la ville intelligente se résumera à cette question: comment transformer la ville pour qu’elle devienne durable à tous les niveaux, et dans un avenir le plus proche possible ? Il y a donc un volet concernant les services. Mais nous voyons plus loin. Notamment au niveau de l’utilisation de l’énergie », explique-t-elle.

 

Le numérique se pose comme un moyen, et jamais comme une fin en soi – Nathalie Crutzen

 

Identifiez des besoins
Bianca Debaets est ancrée dans un réalisme « au jour le jour », tandis que Nathalie Crutzen fait davantage de prévisions. Cependant, elles se rejoignent sur un point essentiel: « Le pragmatisme », lance la Secrétaire d’État. Crutzen enchaîne : « La “ville intelligente”, ce n’est pas un projet développé par un ingénieur. Nous souhaitons d’abord identifier des besoins. Et, à partir de là, utiliser la technologie pour les satisfaire. Le numérique doit se poser comme un moyen, et jamais comme une fin en soi. »

Le public pour la ville de demain
Certes la Belgique, et Bruxelles en particulier, ont encore quelques trains de retard par rapport à d’autres cités européennes. On pense par exemple à Barcelone et son réseau de parkings « intelligent », qui guide directement le conducteur vers un emplacement libre. Mais notre pays pourrait rapidement se rattraper. Debaets conclut : « Si nous parvenons à développer les bonnes technologies, nous arriverons à en faire un marketing “intelligent” pour que le public comprenne les enjeux de cette fameuse ville de demain. »