Défini comme un projet d’aménagement urbain respectant les principes du développement durable, l’éco-quartier doit, par essence, s’adapter au territoire sur lequel il est développé. Pour Damien Franzen, architecte, administrateur d’Ecorce et du cabinet d’architectes FHW et conférencier sur les thèmes de l’éco-construction et des éco-quartiers, il n’est pas toujours simple à définir.

Primordial de vivre ensemble
« Chacun y va de son interprétation, beaucoup de projets fleurissent un peu partout et il n’y a pas vraiment de cadre dans lequel on puisse clairement inscrire la notion d’éco-quartier. Dans celui-ci, la qualité de vie, le vivre ensemble est primordial. Si on parle plus largement de quartier durable, alors on intègre un pilier économique, écologique et social. »

 

Concevoir des quartiers en améliorant la biodiversité – Damien Franzen

 

Filières locales et naturelles
Le raccourci serait, en effet, aisé de n’associer l’éco-quartier qu’au simple aspect environnemental. Benjamin Robinson, architecte du cabinet ARTAU de Malmedy qui mène plusieurs projets d’éco-quartiers, y voit une zone d’habitations durables visant à l’équilibre entre les pôles économiques, sociaux et environnementaux. « D’un point de vue de durabilité environnementale, on veille à ce que les matériaux et les techniques mises en œuvre soient les moins polluantes et les plus respectueuses de l’environnement », explique-t-il. « On tend vers l’utilisation de matériaux issus de filières naturelles, recyclables, moins énergivores, et qui produisent peu de CO2. On parle de plus en plus de filière locale pour les matériaux et la fabrication, en limitant les coûts de transport. »

Intégration d’espaces verts
Idéalement, l’éco-quartier intègre de nombreux espaces verts, parcs, potagers collectifs et autres petits bouts de nature. « Il est intéressant de concevoir des quartiers en améliorant la biodiversité, par l’accueil de la faune et la flore. Ce contact avec la nature est précieux pour les habitants », note encore Damien Franzen.

 

Créer des lieux de rencontres est aussi important que d’avoir des panneaux solaires – Benjamin Robinson

 

Un élan collectif
L’autre objectif majeur est de redonner du sens à la notion de quartier que les zones pavillonnaires privilégiées dans les années 1980 et 1990 ont parfois mis à mal. L’échelle du quartier permet d’incorporer la notion de mixité sociale, culturelle et générationnelle. En misant sur des espaces publics communs, on favorise échanges et partage des expériences. Benjamin Robinson: « Créer des lieux de rencontres entre les familles et les personnes isolées est tout aussi important que d’avoir des panneaux solaires sur les logements ». Pour son projet le plus avancé, au quartier de la fontaine Saint Jean, à Engis, l’accent a été mis sur une grande place, lieu de rassemblement vers lequel toutes les portes d’entrées sont orientées. On y trouve une crèche et une plaine de jeu. Venelles, jardins, potager collectif et mare didactique alimentée par les eaux de pluie complètent le tableau.

Être créatif, ensemble
Tout est fait pour partager mais aussi conscientiser.  Ainsi, impliquer les habitants dans la réalisation, par une approche participative, permet d’adapter ces solutions globales au contexte local. Et par là même de contribuer à une appropriation des lieux. Damien Franzen évoque l’exemple du quartier nord de Liège où « des ateliers et des groupes d’achats collectifs ont été mis en place pour procéder à l’isolation des bâtiments, à l’achat de panneaux solaires thermiques ». Des solutions qui développent toutes sortes de solidarités entre les riverains.

Modelé par ses habitants
En définitive, une kyrielle de critères définissent les éco-quartiers: mixité sociale, mobilité douce, espaces partagés et approche participative, accès aux personnes à mobilité réduite, optimisation énergétique, présence d’espaces verts,… Mais cette liste n’est aujourd’hui pas réellement arrêtée et varie selon les projets. Evidemment, ces éléments ne sont pas transposables partout et contribuent, parfois, à en rendre la définition floue. L’éco-quartier peut, avant tout, être envisagé comme un espace conçu pour que ses habitants se l’approprient et bâtissent ensemble une existence tournée vers les notions de collectif et d’éco-responsabilité.