« Le secteur bio en Wallonie a évolué très fortement notamment depuis qu’il existe une politique du service public dans le domaine », avance Lionel Delvaux, Chargé de mission Milieu rural à la Fédération Inter-Environnement Wallonie. La Région wallonne a adopté en 2003 un plan stratégique de développement de l’agriculture biologique à l’horizon 2020. Depuis lors, on constate une augmentation linéaire du nombre d’agriculteurs bio.

Une production stabile
Selon Philippe Grogna, Directeur de Biowallonie, l’offre est en moyenne 15 % inférieure à la demande. Le secteur de la production bénéficie ainsi d’une stabilité des prix qui lui permet de se développer sereinement. Dans toutes les branches, on constate une évolution constante. La production d’ovins (moutons) a, par exemple, progressé de 20 % en un an.

 

Les consommateurs sont aussi acteurs et soutiennent le développement du bio – Lionel Delvaux

 

Quatre fois plus de porcs bio

La viande porcine bio fait pourtant figure d’exception: tous les magasins pleurent pour en avoir. Malheureusement, le secteur fait face à un problème de rentabilité qui s’explique par un coût élevé pour l’alimentation des animaux, et un prix de valorisation trop bas. « On l’achetait trop bon marché par rapport à son coût de production. Le producteur ne s’y retrouve pas. Selon les estimations, on pourrait produire quatre fois plus de porcs bio en Belgique par rapport à la demande », s’exclame Philippe Grogna.

Redevenir maîtres
Les producteurs ont différentes motivations qui les poussent à passer au bio. Ils ont envie de se diversifier et de redevenir maîtres de leur production. Les primes allouées au secteur bio les attirent aussi, mais ils veulent également changer leur approche de l’agriculture. Ils désirent travailler de manière plus autonome pour se passer de produits chers qui polluent l’environnement, comme les pesticides. « L’aspect économique reste quand même important », indique L. Delvaux. « Il y a une stabilité des prix qu’on ne retrouve pas dans l’agriculture conventionnelle. Pour le lait, le prix reste relativement plus stable. »

 

Tous les magasins pleurent pour avoir de la viande porcine bio – Philippe Grogna

 

Qualitatif & sain
Les mesures prises au niveau politique n’expliquent toutefois pas à elles seules cet engouement pour le bio. Les consommateurs cherchent en effet un produit de qualité qui soit bon pour la santé. Que ce soit au niveau européen ou belge, la demande ne cesse de grimper selon L. Delvaux: « De plus en plus de ménages en consomment et plus souvent. La consommation en fruits, légumes et laitages bio est particulièrement élevée ».

Initiatives citoyennes stimulantes
Pour L. Delvaux, les initiatives citoyennes comme les groupes d’achat commun facilitent aussi la consommation de produits bio. « Les consommateurs sont aussi acteurs et soutiennent son développement », dit-il. « Ils sont particulièrement friands de produits en maraîchage et achètent en circuit court. Il y a 10 ans, ce phénomène n’existait pas dans cette ampleur. »

 

La consommation en fruits, légumes et laitages bio est particulièrement élevée – Lionel Delvaux

 

10.000 litres de lait par vache?
Avec l’augmentation de la demande en bio, certains envisagent la production de masse. De très grosses exploitations peuvent en effet passer en bio pour autant qu’elles s’inscrivent totalement dans une démarche bio. P. Grogna nuance: « Le but n’est pas de chercher à produire 10.000 litres de lait par vache. On ne va pas commencer à rentrer dans des situations où il y a un jeu de concurrence tel qu’on soit obligé de vendre à perte. »

Bio en plein developpement
À en croire les experts, le secteur bio a encore de beaux jours devant lui. C’est actuellement un secteur très dynamique qui est en train de se structurer pour s’adapter à l’évolution des attentes citoyennes: circuits courts, relocalisation de l’économie. Lionel Delvaux de conclure: « À mon sens, l’attention des citoyens pour la qualité des produits ne va que s’accroître et ces filières vont continuer à se développer. »