En matière d’énergie, les solutions durables se multiplient et leur prix fléchit. La transition s’accélère, pour peu que les décideurs l’appuient et que chacun à son échelle se donne le temps et les moyens de la réaliser. L’avenir s’écrit en vert.

Benjamin Wilkin
Secrétaire général de l’Association pour la Promotion des Énergies renouvelables, ASBL

Quelles sont les solutions à long terme que nous pouvons mettre en place?

« D’une part le développement encore plus important du photovoltaïque sur les toitures. Il va de pair avec une gestion décentralisée de cette énergie qu’il faut pouvoir gérer le plus localement possible. Tout le monde peut devenir prosumer, producteur et consommateur. D’autre part le développement du grand éolien onshore, sur terre, ou offshore en mer. Souvent il y a du vent quand il n’y a pas de soleil et inversement. Ces deux sources ne suffisent pas, mais elles constituent notre plus grand potentiel citoyen d’énergie renouvelable en Belgique. »

Comment peuvent-elles concurrencer les énergies fossiles sur le marché?

« Aujourd’hui le coût des énergies durables diminue et continuera à diminuer. Il est déjà à un niveau quasiment équivalent au fossile. On recherche souvent le moins cher, mais il faut aussi voir à plus long terme et satisfaire nos besoins de manière qualitative car le quantitatif n’est pas toujours durable. Veut-on payer notre énergie moins chère sans se soucier de ses impacts? Certaines externalités ne sont pas prises en compte dans le coût de l’énergie, comme le traitement des déchets nucléaires ou les émissions de gaz par exemple. Avec l’énergie renouvelable on a l’assurance, finalement pas si chère, que ces externalités négatives n’apparaissent plus tout en ayant l’énergie. »

Que peuvent faire les entreprises pour modifier leur impact?

« Prenons l’exemple de Colruyt. Son métier n’est pas l’énergie et dans ce contexte, prendre du temps à réfléchir à quelque chose de nouveau est difficile. Or Colruyt investit du temps et de l’argent en ce sens depuis des années. Ils ont des magasins sobres, beaucoup sont équipés en panneaux photovoltaïques, ils ont des éoliennes onshore, sont copropriétaires de parcs éoliens offshore, ont créé une société EOLY dédiée à la question de l’énergie. Des vélos sont à disposition des employés et ils ont également un système d’éco-conduite pour leurs camions. Ces engagements créent une cohérence et de la plus-value. La notion énergétique est difficile à intégrer pour les entreprises mais y investir du temps peut se relever gagnant. »


 

Noémie Laumont
Secrétaire générale d’EDORA, Fédération des entreprises actives dans les énergies renouvelables

Quelles sont les solutions à long terme que nous pouvons mettre en place?

« La Belgique a besoin d’une vision énergétique à long terme tenant compte des engagements pris en matière de climat et d’énergies renouvelables. Nous défendons une approche “intégrée” autour des trois vecteurs énergétiques: chaleur, électricité et transport. Le but est d’aboutir à un modèle bas-carbone générant moins de risques pour l’homme et l’environnement et prenant en compte l’ensemble des coûts. Il importe ainsi de maximiser l’efficacité énergétique, de développer un bouquet équilibré de technologies renouvelables, et rendre la réponse à la demande résiduelle la plus intelligente possible. Dans un schéma de production et de consommation plus flexible, décentralisé et couplé à des solutions de stockage. »

Comment peuvent-elles concurrencer les énergies fossiles sur le marché?

« Le marché ne permet pas aux énergies renouvelables d’atteindre une compétitivité suffisante. C’est dû aux subsides octroyés aux énergies conventionnelles et à l’internalisation incomplète des externalités du prix de l’énergie. Le système actuel de quotas de CO₂ ne pénalise pas assez les pollueurs. EDORA plaide pour une taxe belge et européenne sur le carbone et l’énergie de tous les vecteurs énergétiques. Concernant le vecteur électrique, la compétitivité des énergies renouvelables se heurte à la rigidité du marché. Pour accompagner le mix électrique à forte teneur en renouvelables variables, développer la flexibilité sera essentiel, tant du côté de la production, que des consommations et du stockage. »

Que peuvent faire les entreprises pour modifier leur impact?

« Je dirais dans l’ordre: augmenter leur efficacité au maximum – consommer moins –, produire par des moyens de production renouvelables. Et si cela n’est pas possible, investir dans des moyens de production collectifs via des coopératives ou des partenariats. Et enfin pour le surplus: passer à la fourniture (réellement) verte! »


 

Sébastien Ryhon
Administrateur délégué de CORETEC, partenaire d’une gestion durable et performante de l’énergie

Quelles sont les solutions à long terme que nous pouvons mettre en place?

« Le soleil nous apporte chaque année plus de 2000 fois l’énergie consommée par l’homme. En captant 0,05 % de celle-ci on subviendrait aux besoins de notre civilisation. C’est possible, les énergies renouvelables ne sont pas une utopie d’écologistes en sandales. On a l’hydroélectricité qui produit 15 % de la consommation mondiale, est compétitive mais pas répartie de façon homogène. Pour le photovoltaïque et l’éolien, il faut arriver à gérer l’intermittence. On a la géothermie, la biomasse, comme des déchets agricoles et forestiers. Ces technologies sont fiables techniquement et potentiellement compétitives à long terme. »

Comment peuvent-elles concurrencer les énergies fossiles sur le marché ?

« L’impact environnemental doit être intégré à sa juste valeur. Il faut considérer le coût réel d’une énergie à travers un système global. Selon les spécialistes, la tonne de CO2 devrait être à 30€ alors qu’elle coûte aujourd’hui entre 5 et 10€. Ce n’est pas assez incitatif. Des incitants adaptés, subsides ou déductions fiscales, permettront aux énergies renouvelables de réaliser leur courbe d’apprentissage. Il y a 10 ans le photovoltaïque coûtait 15 fois plus que l’énergie classique. Il est aujourd’hui équivalent dans certains pays. Enfin, il faut rendre les réseaux, conçus pour une énergie centralisée, compatibles avec ces technologies décentralisées. Dans 10 ans elles peuvent être concurrentielles. »

Que peuvent faire les entreprises pour modifier leur impact?

« Pour optimiser leurs consommations les technologies sont prêtes, mais l’industriel est focalisé sur son “corps businessˮ. Cela passe par des systèmes d’optimisation énergétique sur des chaudières, l’utilisation du LED, de variateurs de fréquence, l’équilibrage des réseaux de distribution. On peut récupérer l’énergie potentiellement perdue des fumées, des vapeurs, de l’eau chaude. Enfin on peut produire sa propre énergie avec des moyens performants et renouvelables comme le photovoltaïque, la cogénération (production simultanée de deux énergies, souvent électricité et chaleur, ndlr.), la biomasse. Le tissu industriel belge a déjà bien engagé cette dynamique depuis les années 2000 mais on peut mieux faire. »


 

Benoît Helsemans
Manager en Recherche, développement et communication pour le Groupe François

Quelles sont les solutions à long terme que nous pouvons mettre en place?

« C’est une vraie philosophie à adopter. Soutenue aussi bien par les citoyens que par les politiques, les mandataires communaux et les industries. On a en Belgique les moyens d’apporter des solutions renouvelables avec notamment le bois et la ressource forêt. Au sud du pays nos six gros producteurs de pellets, granulés de bois combustible, peuvent produire 650.000 tonnes par an. L’équivalent de 325 millions de litres de fioul. Or le marché ne concerne que la moitié de cette production. Le développer permettrait d’utiliser cette capacité de production. C’est un produit local, 100 % naturel, produit de manière durable. Un mix énergétique avec le bois, l’éolien et le solaire irait dans le bon sens. »

Comment peuvent-elles concurrencer les énergies fossiles sur le marché?

« Les acteurs du marché doivent s’associer. Aujourd’hui le granulé de bois est une vraie solution alternative au gaz et au fioul. On livre ces granulés de la même manière qu’on livrerait en fioul avec des camions souffleurs. C’est vrai qu’actuellement le prix du fioul a diminué mais depuis 10 ans ce prix a été très variable. À un moment donné il coûtait deux fois plus cher que le granulé de bois. À l’inverse le prix des ressources durables et locales est beaucoup plus stable. Pour concurrencer le fossile il faut que toute la chaîne soit de qualité : production, transport, livraison. Intégrer la totalité de ces activités, en consommant local par exemple, permet notamment de limiter le transport. »

Que peuvent faire les entreprises pour modifier leur impact?

« Quitte à payer un peu plus cher, elles peuvent privilégier l’emploi local et un environnement de qualité. Une réflexion profonde doit être menée par les dirigeants d’entreprise. Au quotidien, on peut choisir le respect d’une logique économique, environnementale et humaine plutôt que le gain à court terme. Prendre en compte ces trois éléments fonctionne à long terme. Cela donne plus de valeur ajoutée aux produits. Le Groupe François a fait ce choix. L’énergie produite par le recyclage de nos déchets est réutilisée pour que notre site soit autonome en énergie. Développer de nouvelles compétences, innover, donner un maximum de valeur ajoutée aux ressources locales permet de limiter son impact. »