Le constat reste alarmant mais la situation pas irréversible. Chaque seconde nous déversons 206 kg de déchets dans l’océan, soit 6,5 milliards de kilos de déchets d’origine plastique par an. Sur cette quantité, 70 % finissent par couler et étouffent petit à petit la biodiversité marine. Or l’océan joue ce rôle de régulateur climatique en absorbant 93% de nos émissions de CO2.  Ainsi une respiration sur deux de l’homme est permise par l’océan. Chercheuse FNRS au laboratoire d’Océanologie de l’Université de Liège, Krishna Das souligne que plus de la moitié de la superficie des océans est fortement impactée.

Les déchets, de la poubelle à notre assiette
Or la vitalité des océans conditionne la notre. Comme l’explique la scientifique: « Notre santé est intimement liée à celle des océans: les grands plastiques se fragmentent en microplastiques, s’accumulent dans la chaîne alimentaire et se retrouvent dans les espèces comestibles comme les moules. Ce que l’on jette dans l’océan nous revient via notre assiette ». Gaëlle Haut, qui travaille aux Affaires européennes pour l’ONG Surfrider Foundation, relève les menaces les plus notables: « L’érosion due aux phénomènes climatiques plus violents, la formation d’un 7e continent de plastique et l’acidification de l’eau ». La réponse sera avant tout politique pour Krishna Das qui avance deux solutions : l’interdiction de l’usage des plastiques,  et la création d’aires maritimes protégées qui peut avoir des effets bénéfiques et rapides.

 

Ce que l’on jette dans l’océan nous revient via notre assiette – Krishna Das

 

Un nettoyage délicat
Si les océans sont pollués, pourquoi ne pas tout simplement les nettoyer ? On pense au projet The Ocean Cleanup du jeune Néerlandais Boyan Slat. Cet entonnoir géant récupérant les plastiques dans l’océan est une bonne initiative, mais le résultat paraît relatif. Les zones de plusieurs milliers de mètres de profondeur restent hors de portée. Les aspirateurs géants posent eux aussi question car ils sont susceptibles d’aspirer le plancton essentiel à la vie marine.

Pour un changement de production
C’est là qu’entre en jeu le travail précieux des ONG. Surfrider Foundation essaye de modifier les habitudes de consommation des gens, discute avec les industriels pour qu’ils changent leur manière de produire et assument la responsabilité de la fin de vie de leurs produits. « Nous rencontrons les acteurs du transport maritime et agissons en termes de législation pour réduire ces pollutions, et nous poursuivons en justice ceux qui ne jouent pas le jeu comme lors d’un dégazage en mer » éclaire Gaëlle Haut.

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Un gros travail de discussion et de sensibilisation – Gaëlle Haut

 

Jeter par terre c’est jeter en mer
S’engage ainsi un long processus d’influence sur la législation. Un lobbying qui finit par porter ses fruits. Par exemple quand l’ONG demande à Nestlé de revoir la conception de ses bouteilles en plastique. Ou à L’Oréal de modifier la composition de cosmétiques contenant des particules plastiques. Les particuliers sont, quant à eux, invités à réutiliser plutôt que de jeter, à privilégier les produits locaux et avec peu d’emballage, à opter pour une gourde plutôt qu’une bouteille en plastique. Gaëlle Haut conseille aux entreprises de choisir une grosse fontaine à eau plutôt que des bouteilles individuelles.

Suivre la Flandre pour leur gestions
Gaëlle Haut donne l’image du mégot de cigarette jeté par terre à Bruxelles qui finit dans l’océan. Proche ou éloigné de la mer, on a tous un rôle à jouer. « Cela bouge beaucoup en Belgique avec l’interdiction des sacs plastiques en Wallonie et bientôt à Bruxelles et en Flandre. La Flandre a d’ailleurs une très bonne gestion des déchets ». Optimiste, elle insiste sur la prise de conscience collective en matière de consommation, son impact sur la santé. « On peut changer les choses que l’on soit consommateur, industriel ou au gouvernement » glisse-t-elle pour conclure.