L’avenir de la planète réside aussi dans une agriculture moins intensive, moins énergivore, plus locale et plus respectueuse de l’environnement, on le sait. La transition se profile avec un nouveau type d’organisation, mêlant partenariat et innovation en matière de produits cultivés.

Bio + technologie
En septembre 2014, Land Farm and Men par exemple fait le buzz avec le bio belge. Au-delà de ce coup, la jeune société est une des premières à développer une agriculture locale et biologique avec une vision moderne. « On propose un rendement à la hauteur de ce que les agriculteurs attendent, un prix par tonne, par hectare, et chacun peut s’en sortir. On associe le bio et la technologie. On travaille avec des tracteurs, des moissonneuses batteuses et pas des chevaux de trait », précise Isabelle Coupienne, Responsable de la commercialisation.

 

On nous demandait de travailler en suivant les saisons, mais de maintenir les tomates au buffet toute l’année, et le steak frites – Jeanne Collard

 

Mangeons le quinoa belge
D’où est venu le déclic? L’un des trois partenaires de l’entreprise implantée à Havelange gère les cultures pour de grands propriétaires terriens. Il en avait assez de planter des betteraves, des pommes de terre et du maïs. Puisque les rotations en agriculture biologique durent sept ans, le défi était plus grand de trouver des cultures différentes pour enrichir le sol. Les trois partenaires décident ainsi de semer des cultures qui n’ont jamais existé en Belgique, de les acheter aux agriculteurs et de les commercialiser eux-mêmes. Après le quinoa belge, l’avoine, la caméline, le petit épeautre, le sarrasin, la firme de Havelange innove avec la lentille verte qui n’a jamais été cultivée par chez nous. La première récolte aura lieu dans quelques semaines.

Restaurants surfent sur la vague bio
Et ça marche. De grandes enseignes se montrent vite intéressées par la marque Graines de curieux et d’autres initiatives locales, propres et équitables. On peut ainsi déguster le quinoa belge dans des restaurants gastronomiques, mais aussi dans des chaînes comme Exki ou Le Pain Quotidien. « Cela intéresse ces grosses enseignes de surfer sur la vague bio et local, l’esprit de proximité, ainsi que l’éthique dans la production », analyse Isabelle Coupienne dont le prochain objectif est de conquérir la Flandre.

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On associe le bio et la technologie – Isabelle Coupienne

 

Produits locaux dans la cantine
Les collectivités aussi se montrent intéressées par le quinoa belge. Parmi elles, TCO Services et sa petite sœur La cuisine des champs. Une entreprise familiale dirigée par les époux Collard qui fournissent des milliers de repas quotidiens aux crèches, aux écoles et aux séniories. « On a travaillé en restaurant d’entreprise pendant deux ans, mais on a abandonné ce secteur et on ne compte pas le prospecter de sitôt », avoue Jeanne Collard. Car sa société, qui développe une alimentation de plus en plus durable, se heurte comme d’autres à deux principaux obstacles.

Soutien des autorités manque
D’une part, un manque cruel de circuits courts entre les producteurs locaux et les collectivités. Il existe des filières pour approvisionner les supermarchés, les petits magasins, les restaurants, mais on manque d’intermédiaires pour transformer les marchandises à notre usage. J. Collard ajoute: « Par exemple, nous avons voulu travailler le porc de paille, un cochon élevé de manière moins intensive dans des exploitations à taille humaine. Mais nous n’avons trouvé personne pour transformer la viande en saucisses de 100 grammes. » À cet égard, on peut relever un manque d’esprit d’initiative en Wallonie, et surtout un manque de soutien des autorités. Il n’est pas forcément question de budget supplémentaire, mais de facilitateurs administratifs et sanitaires pour faire aboutir les projets.

Une nouvelle génération de gourmands
D’autre part, il semble que les entreprises ne soient pas encore prêtes à installer des cantines durables pour leur personnel. « On nous demandait de travailler en suivant les saisons, mais de maintenir les tomates au buffet toute l’année, et le steak frites », se souvient Jeanne Collard. Malgré les progrès observés dans les mentalités, il serait encore trop tôt pour noter une demande dans toutes les couches de la population et toutes les tranches d’âge. « Ce genre de décision ne peut pas être imposé par le haut. La demande doit venir du personnel. On ne peut pas imposer aux gens de s’alimenter d’une manière différente ». Ce qui n’empêche pas de rester optimiste. À force de montrer la voie aux enfants dans les crèches et les écoles, une nouvelle génération verra le jour. Les adultes de demain, qui consommeront de manière plus durable à la maison et dans leurs entreprises.