Ambitieux, flamboyant et le prototype du self-made-man. L’entrepreneur Philip Cracco (53 ans), propriétaire de la marque de montres Rodania et connu du programme télévisé flamand The Sky is the Limit, a un parcours plutôt inhabituel. « Tout le monde est champion du monde en quelque chose. »

Philip Cracco a suivi son propre chemin. Mais le petit chemin de campagne s’est entretemps mué en un véritable boulevard. Philip Cracco n’a aucun diplôme, il a commencé à travailler à 16 ans, a découvert qu’il avait le sens des affaires, a suivi pas mal de formation et en 2016, il peut se targuer d’être un des plus grands entrepreneurs du pays. En 1995, notre homme âgé de 53 ans, originaire de Flandre occidentale, a créé Accent Jobs qu’il a entre temps revendu. Aujourd’hui, il est le propriétaire du Montebi group, dont l’étendard est la marque de montres Rodania.

L’esprit d’entreprise ne vous a pas été inculqué dès votre plus jeune âge.
« C’est vrai. J’ai vécu une jeunesse relativement normale, rien de spectaculaire. J’ai grandi dans un milieu salarié. D’abord, seul avec ma mère pendant huit ans, avant que mon beau-père ne nous rejoigne. Nous habitions dans une maison très modeste dans un des moins beaux quartiers de Roulers. »

©Nico Van Dam
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En tant qu’entrepreneur, vous ne vous pouvez pas passer 75 % de votre temps étendu sur une plage à Hawaï. Vous devez évoluer dans votre équipe

 

Comment s’est déroulé le passage de l’école au travail?
« Bien. J’ai commencé à travailler dans une fabrique de tapis lorsque j’avais 16 ans. Un peu plus tard, j’ai atterri dans l’industrie des autobus. Je réparais des carrosseries, j’appliquais des couches de base et de finition, je réalisais des réparations de peinture ainsi que des dessins. Mais une cabine de peinture mesure 20 mètres de long et a une seule petite fenêtre de 40 sur 60 centimètres. Et on y est entièrement seul. J’ai rapidement compris que je n’exercerais pas ce job toute ma vie. Ce n’était pas nécessaire non plus, car le service militaire obligatoire approchait. »

De quoi vous rappelez-vous de cette période à l’armée?
« Je ne voulais occuper un poste peinard à la frontière est-allemande. Je voulais être actif et je me suis donc dirigé vers les paracommandos. L’armée a en fait été ma première véritable école. C’est là que j’ai appris que l’on ne peut jamais abandonner. Il n’est pas nécessaire de mesurer 2 mètres de haut et 1,5 mètres de large pour réussir.

Avez-vous un jour pensé faire carrière à l’armée?
« J’ai de nouveau voulu très vite progresser. De préférence, à l’armée. J’aurais voulu devenir sous-officier, mais pour cela je devais échanger mon beau béret de parachutiste bordeaux pour un képi brun et je ne voulais pas (rires). J’ai donc recommencé à peindre des bus. »

 

©Nico Van Dam
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Je conseille à tout le monde de continuer à se former en permanence. Les jeunes devraient en fait consacrer 2 % de leurs revenus à des formations supplémentaires

 

 

À l’époque, vous n’aviez pas encore le microbe de l’entrepreneuriat. Quand avez-vous été contaminé?
« Je devais avoir 28 ans. Entre temps, j’étais retourné à l’école. Je suis en fait le champion des formations, surtout à la Vlerick School. Marketing, comptabilité, management général, management avancé, marketing pour spécialistes et avancés… Ce ne sont que quelques-unes des nombreuses formations que j’ai suivies. Jusqu’il y a cinq ans, j’ai chaque année suivi l’un ou l’autre cours. Même aujourd’hui, j’aime toujours apprendre. Je conseille aussi à tout le monde de continuer à se former en permanence. Les jeunes devraient en fait consacrer 2 % de leurs revenus à des formations supplémentaires. »

En 1995, vous avez alors créé Accent Jobs. D’où vous est venue cette idée?
« À 29 ans, j’ai eu envie de créer ma propre entreprise. Mais je n’en avais ni l’argent ni les moyens. En combinant deux jobs – je travaillais pendant la semaine dans une grande entreprise d’intérim et pendant le week-end, je vendais des nouvelles constructions -, j’ai pu constituer un certain capital. En 1995, j’ai alors lancé mon propre bureau d’intérim. J’ai été à la tête de l’entreprise pendant environ 19 ans et j’ai terminé avec un chiffre d’affaires de 340 millions d’euros. À ce moment-là, nous travaillions avec 1 100 collaborateurs et disposions d’un réseau de 270 agences. »

 

Une entreprise florissante et vous décidez tout de même de la vendre. Pourquoi?
« L’entreprise a évolué, mais mon partenaire et moi-même n’étions pas d’accord et ambitionnions une stratégie différente. Comme je déteste les conflits, j’ai décidé de quitter la société. »

 

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L’an passé, vous avez relevé un nouveau défi. Rodania était-il un choix logique?
« La marque se positionne dans un secteur passionnant qui recèle de nombreux défis. C’est une marque magnifique, mais un renouveau était indispensable. Rodania, c’est un peu une Belle au bois dormant qui se réveille. Nous présentons à nouveau la marque aux gens d’une façon aussi sexy que possible. Nous y travaillons actuellement avec une équipe jeune et motivée. »

L’histoire de votre vie ressemble un peu à un condensé de bonnes nouvelles. Avez-vous aussi connu des moments difficiles?
« Tout ce que vous touchez en tant qu’entrepreneur ne se change pas en or. Mais, en tant qu’entrepreneur, ce n’est pas le nombre d’erreurs qui compte, mais le nombre de fois où vous vous relevez. C’est l’art de l’entrepreneuriat. Sans être bête, aveugle ou naïf. En cas de revers, il faut tout simplement continuer. C’est ce que j’ai appris à l’armée : ne pas céder. »

 

C’est aussi ce message que vous avez voulu faire passer dans ‘The Sky is the Limit’.
« J’ai vraiment foi en la jeunesse. Je veux motiver les jeunes à prendre leur vie en main. Regardez et pensez positivement, et cela ira mieux. Vous voulez travailler pour Médecins Sans Frontières ? Faites-le. Tout le monde ne doit pas devenir entrepreneur, mais saisissez votre vie à deux mains et exploitez toutes les possibilités de façon optimale. Je dis toujours que tout le monde est champion du monde en quelque chose. »

 

. L’armée a en fait été ma première véritable école. C’est là que j’ai appris que l’on ne peut jamais abandonner

 

 

En participant au programme, vous vous êtes dévoilé.
« C’est vrai. Mais l’époque de pour vivre heureux vivons cachés date d’il y a plus de 30 ans. Aujourd’hui, la situation est complètement différente. Big brother is watching you everyday. Je suis aussi actif sur les médias sociaux. Comment pouvez-vous collaborer avec des jeunes si vous n’êtes pas au courant vous-même ? Et puisqu’il est impossible de nier leur existence, pourquoi alors ne pas participer à un tel programme pour faire de la publicité pour l’entrepreneuriat ? »

 

Quels conseils donneriez-vous aux jeunes qui ambitionnent une carrière similaire à la vôtre?
« Faites quelque chose avec passion. C’est mon plus grand message. Et je ne parle pas uniquement d’une carrière ou d’entreprendre, mais d’un style de vie. Votre père est docteur, mais vous préfèreriez élever des lapins ? Il ne faut pas hésiter. Vous élèverez les plus beaux lapins du monde si vous le faites avec passion. »

 

Autre chose?
« Travailler dur bien entendu. Si, demain, vous connaissez un travail ou un sport dans lequel vous pouvez remporter beaucoup de succès sans devoir travailler dur, faites-le-moi savoir (rires). Cela vaut pour tous les secteurs. En tant qu’entrepreneur, vous ne pouvez pas passer 75 % de votre temps étendu sur une plage à Hawaï. Vous devez évoluer dans votre équipe. Ce n’est qu’à ce moment-là que vous obtiendrez des résultats. »