De ses balbutiements avec modems et connexions d’un autre âge à sa vitesse supersonique, l’Internet s’est développé à une cadence infernale. Son futur s’annonce au moins aussi impressionnant et varié.

En 1962, alors que Les États-Unis et l’ex-bloc de l’Est se regardent à travers des rangées de missiles braqués vers l’autre dans un climat de guerre froide, l’US Air Force demande à un petit groupe de chercheurs de créer un réseau de communication militaire capable de résister à une attaque nucléaire. La première toile d’araignée du web est née!

L’ Internet dans les universités
Quelques années plus tard, indépendamment de tout objectif militaire, le réseau expérimental Arpanet relie quatre instituts universitaires. Avec un réseau qui comportait, déjà à l’époque, deux caractéristiques fondamentales du réseau actuel: un ou plusieurs nœuds du réseau pouvai(en)t être détruit(s) sans perturber son fonctionnement, et la communication entre machines s’effectuait sans machine centralisée intermédiaire.

 

L’avenir passe par le Li-Fi, une technologie de communication sans fil basée sur l’utilisation du spectre de la lumière – Daniel Kofman

 

En route vers la troisième génération…
Depuis, et en quelques décennies à peine, Internet a révolutionné le quotidien, s’immisçant dans tous les pans de notre société. Mais les transformations à venir seront encore bien plus profondes que tout ce que l’on a vu jusqu’à présent. Induisant des changements majeurs dans les secteurs tels que la santé, l’énergie, l’environnement…

Le web interactif
Daniel Kofman, chercheur à Télécom ParisTech, esquisse depuis des années le futur visage du net. « On recense généralement trois phases dans l’évolution de l’Internet. La première démarre avec les prémisses du réseau, englobe l’apparition du web 1.0 et s’achève à la fin du millénaire avec le développement des accès haut débit. La deuxième génération est celle du web interactif, l’explosion des réseaux sociaux, la généralisation du cloud et de l’Internet mobile. Mais nous nous en éloignons. » Et nous entrons donc maintenant dans la troisième génération, où le numérique devient le principal vecteur d’innovation dans la plupart des secteurs, notamment grâce à la fusion progressive entre le monde réel et le monde numérique.

 

Je pense que nous sommes connectés non pas à un phénomène global mais à des réalités locales, culturelles et linguistiques – Frédéric Martel

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Et la lumière fut
Mais le plus important bouleversement va surtout concerner l’accès au réseau. En effet, le web ne sera plus accessible sur un écran de téléphone 5 pouces, mais directement dans notre environnement immédiat. Les appareils équipés de la réalité virtuelle et augmentée, comme les lunettes Google, les lentilles de contact et les vitrines des magasins pourront traduire en temps réel des textes imprimés. D. Kofman poursuit: « Imaginez aussi une technologie capable de vous connecter, simplement grâce à des ampoules LED et sans ondes potentiellement néfastes pour l’organisme. C’est précisément ce qu’offre le Li-Fi, technologie de communication sans fil basée sur l’utilisation du spectre de la lumière. L’avenir passe par là! ». Condition absolue pour que le Li-Fi se démocratise: l’ensemble de l’environnement (entreprises, lieux publics, habitations….) devra largement être équipé en LEDs et les terminaux mobiles devront disposer de capteurs compatibles avec cette nouvelle technologie.

Une espace pour une conversation globale
Paradoxalement, alors qu’il se développe de plus en plus, et de plus en plus vite, le web va aussi se faire plus local. C’est du moins l’avis de Frédéric Martel, auteur du livre Smart: Enquête sur les internets. Pour lui, l’Internet tel qu’on l’a souvent défini, c’est-à-dire comme une espèce de monde rêvé où on allait tous participer à une conversation globale, n’a jamais existé. Car les notions de territoire, de langue et de culture rendent impossible cette conversation globale. Il s’explique: « Internet, ce serait finalement un peu comme le téléphone: tout le monde peut le décrocher et appeler l’Inde. Mais personne ne le fait! Parce qu’on ne connaît personne en Inde, qu’on ne parle pas la langue et qu’on ne connaît rien de cette culture. Je pense que nous sommes connectés non pas à un phénomène global mais à des réalités locales, culturelles et linguistiques, qui se retrouvent dans notre vie numérique. »

La moralité
Moralité: si les possibilités de connexion au net seront de plus en plus globales, son utilisation pourrait aussi se faire plus locale de temps en temps. Un paradoxe de plus, annonçant un futur encore plus inattendu et enthousiasmant!