Ce n’est un secret pour personne: à l’avenir, il faudra consommer moins d’énergie, et, surtout miser sur le renouvelable. Si la technologie évolue parfaitement bien en ce sens, les mentalités doivent suivre aussi, menant à de véritables choix de vie.

La consommation d’énergie de la Wallonie est relativement importante par rapport à d’autres régions d’Europe, particulièrement en raison de son tissu industriel nécessitant de gros besoins d’énergie. En 2003, par exemple, dernière année pour laquelle on dispose de chiffres fiables, la facture énergétique des consommateurs finaux en Wallonie était estimée à 7,6 milliards d’euros. Depuis, l’augmentation de la facture énergétique totale se chiffrait à 21 %. Ces chiffres sont repris dans la continuité et le prolongement des objectifs du « paquet énergie-climat » de la Commission européenne. Il s’agit donc de tracer des trajectoires énergétiques qui permettraient à la Wallonie de supprimer progressivement sa dépendance aux énergies fossiles pour satisfaire à ce projet.

 

Dans le secteur de l’énergie, nous dépendons tous les uns des autres”- Mark Jacobson

 

Transformation des infrastructures énergétiques
Ingénieur et développeur du premier modèle informatique traitant des relations entre le climat et la pollution de l’air par les gaz, Mark Jacobson confirme ces objectifs, extrapolés à l’échelle mondiale. « Parce qu’en la matière, il est impensable de penser à des plans n’impactant qu’une partie de la planète. Dans le secteur de l’énergie, nous dépendons tous les uns des autres, quelles que soient les régions d’où nous venons. Nous avons donc développé des plans pour transformer les infrastructures énergétiques tous usages actuelles. »

Le stockage est résolu
On citera, par exemple, l’électricité, les transports, le chauffage et la climatisation, l’industrie, l’agriculture, les forêts, et la pêche dans 139 pays. Avec des systèmes alimentés par le vent, l’eau et le soleil. « Notre feuille de route prévoit 80 % de conversion vers le renouvelable en 2030, et 100 % en 2050 », poursuit M. Jacobson. Qui se montre assez optimiste. Car le principal problème concernant les énergies renouvelables – le stockage –, est enfin résolu.

 

En Belgique, l’investissement dans le renouvelable représente 400 milliards d’euros”- Jean-François Mitsch.

 

Du batteries vers les smart grids
Savoir stocker, quand le soleil et le vent produisent beaucoup, pour restituer leur énergie lorsqu’ils s’épuisent, a longtemps posé des soucis, qu’il était essentiel de résoudre avant de changer de braquet dans le passage aux énergies renouvelables. Et les recherches vont bon train dans ce secteur. Notamment sur les batteries de grande capacité, la transformation de l’électricité en gaz ou en hydrogène solide ou liquide, ou encore la gestion par des réseaux intelligents de distribution de l’électricité. Le discours semble même évoluer car afin d’éviter les problèmes de coût et de « rendement » de stockage, on s’oriente vers les smarts grids qui adapteront la consommation à la production renouvelable.

En 2050: 100 % renouvelable
Parmi toutes ces pistes, c’est le vent qui aurait les faveurs wallonnes. Comme en témoigne Jean-François Mitsch, spécialiste de l’énergie éolienne. « En Belgique, l’investissement des 20 prochaines années dans le renouvelable représente 400 milliards d’euros pour l’ensemble des filières énergétiques. C’est tout à fait gérable pour que nous arrivions à 100 % d’énérgies renouvelable d’ici 2050 », explique-t-il.

 

80 pays dans le monde consomment de vingt à quarante fois moins d’énergie par habitant que chez nous”– Jean-François Mitsch.

 

Deux axes
Un objectif ambitieux, mais réaliste… à condition de réduire notre consommation d’énergie de 80 %. Toutefois, dès que nous serons déjà arrivés à 50 % de renouvelable, notre situation de dépendance à l’égard des pays qui nous fournissent l’énergie basculera en notre faveur. Bref, ceci n’a rien d’une utopie! J.-F. Mitsch poursuit: « Il y a deux axes: les technologies et les comportements. Les premières évoluent dans le bon sens. Pour les comportements, 80 pays dans le monde consomment de vingt à quarante fois moins d’énergie par habitant que chez nous. Et leur indice de satisfaction est comparable au nôtre. » Notre changement de mode de vie et notre bascule vers le renouvelable doivent donc aussi, et surtout, être culturels: comprendre que consommer moins ne rend pas malheureux. Mais peut, au contraire, aussi être source de bonheur… renouvelable et renouvelé, lui aussi.