Namur, une ville où il fait bon vivre et travailler. Grâce à la technologie, entre autres, mais comme un moyen et jamais comme une fin. Les initiatives smart mettent du liant entre tous les acteurs de la société.

Avec une solide ardeur d’avance rayon technologies, Namur arrive donc en deuxième position, derrière Hasselt, dans le classement des cités les plus smart de Belgique. Un classement établi par Agoria, la Fédération des industries technologiques. Il était donc plus qu’« intelligent » de rencontrer Maxime Prévot, Bourgmestre en titre et Président du Conseil communal de la cité.

Sur base de quels critères êtes-vous arrivé au rang de première ville wallonne du classement Agoria?
« Pas uniquement de la technologie pure et dure! Mais aussi des paramètres environnementaux, comme le nombre de kw/h consommés par habitant, la qualité de l’air, le volume des déchets par habitant. Ou encore l’état de rénovation des bâtiments. Et puis, il y a, aussi, quand-même, l’aspect technologique. Où Namur se distingue. Puisque la ville a, par exemple, investi dans le déploiement du wifi gratuit dans les lieux publics, et qu’elle a occupé un rôle de précurseur dans l’installation d’espaces de coworking pour les start-up, ou dans les cafés numériques pour les citoyens et entreprises. En résumé, pour Agoria, une “Smart City”, c’est une ville où il fait bon vivre et travailler. Grâce à la technologie, entre autres… »

Ce classement vous a-t-il surpris?
« Moi pas! Mais certains autres, oui! Nul n’étant prophète en son pays, quand je répétais que Namur avait de l’avenir en matière de Smart City, on me regardait souvent comme un extraterrestre. Mais maintenant que le classement a été publié, et que je ne suis donc plus le seul à le dire, ça va mieux. Ce prix représente, en fait, un travail de fond. Entamé voilà une dizaine d’années. Il s’est agi de faire le point sur nos grandes capacités d’innovation, soutenues par des possibilités d’investissement, tant au niveau européen que régional. Les Namurois ont ainsi fini par comprendre que la Smart City n’était pas une “lubie du mayeurˮ, comme je l’ai souvent entendu. Mais une réelle lame de fond. Qui touche une série impressionnante de villes de par le monde. Nous visons une innovation smart, tant dans le sociétal, c’est-à-dire à tous les niveaux. Et nous avons dû faire preuve d’audace! Car tout le monde souhaite du progrès, mais l’être humain possède une tendance naturelle à refuser le changement. Un paradoxe avec lequel il a fallu compter! »

 

Une Smart City, c’est une ville où il fait bon vivre et travailler” – Maxime Prévot

 

En pratique, comment s’est opéré ce passage de Namur vers la Smart City?
« Nous avons, en fait, tout d’abord mené une réflexion en profondeur sur l’aménagement du territoire, dans tous ses aspects. Ce qui nous a valu de devenir “capitale du développement durable”. Avec un credo absolu: nous n’utilisons les technologies que comme un moyen, et jamais comme une fin en soi. Au final, nous avons toujours veillé à ce que chacune de nos initiatives smart nous aide à mettre du liant entre tous les acteurs de la société. Bref, pour nous, la Smart City ne consiste plus à pousser le citoyen à remplir un formulaire en ligne, pour que ce papier finisse, en version imprimée, sur le bureau d’un employé! Qui devra à nouveau l’encoder par ailleurs… Nos initiatives touchent toute une série de secteurs qui peuvent paraître loin de la Smart City, mais ne le sont pas tant que ça. »

Quels sont ces secteurs, concrètement?
« Je tiens, par exemple, fort à tout ce qui concerne “l’Internet des objets”. Qui illustre parfaitement notre vision des choses quant à la mission première de la technologie, qui doit déboucher sur de nouveaux services, ou sur une amélioration des services existants. Parce que la Smart City ne peut se penser que dans le service aux citoyens. Prenons simplement les abribus intelligents, qui renseignent les utilisateurs sur les délais d’attente avant que leur bus n’arrive. Dans d’autres registres, la technologie nous a aussi aidés à développer des salles de spectacle avec une acoustique de très haut vol, ou des bibliothèques dotées d’une assistance numérique. »

 

Les Namurois ont fini par comprendre que la Smart City n’était pas une lubie du mayeur” – Maxime Prévot

 

Sans oublier la fibre optique…
« De fait! C’est tout récent… Plusieurs milliards d’euros viennent d’être débloqués par Proximus dans le but de faire bénéficier la ville de meilleures connexions et donc de facilités d’échange multipliées. Qu’il s’agisse des échanges entre la ville et le citoyen, mais aussi dans le cadre des multi-usages domestiques d’un abonnement familial, où chaque membre du foyer possède sa propre utilisation de la connexion en question. En résumé, avec Proximus, nous allons rendre la ville de Namur plus attrayante pour les entreprises. Mais aussi plus connectée et rapide que jamais pour les particuliers. »

Et qu’en est-il des développements prévus à l’avenir?
« On peut, par exemple, citer le remplacement des anciennes lampes dans les rues par du LED. Ce qui signifie que 13.000 points lumineux vont donc non seulement consommer moins, mais surtout être mieux adaptés aux heures du jour où l’éclairage est le plus nécessaire, grâce à la technologie. Plus loin, on pourrait aussi équiper les poubelles de puces pour éviter qu’elles ne débordent, en étant prévenus de leur taux de remplissage pour les vider à temps. »

 

L’absence de subsides pour la reconversion industrielle nous a poussés à nous réinventer” – Maxime Prévot

 

D’où vous est venue cette conviction que Namur « devait » se positionner dans les Smart Cities?
« Namur n’est pas une ville industrielle, nous n’avons pas bénéficié de fonds pour une quelconque reconversion. Nous avons donc dû trouver notre spécialité ailleurs. Dans un sens, l’absence de subsides nous a poussés à nous réinventer pour nous reconvertir. Et je m’en réjouis. »

Quel exemple avez-vous suivi pour cette « reconversion »?
« Même si ce n’est pas un exemple de ville technologique, j’ai souvent songé à Bilbao. Qui était une ville en total déclin, et avait tout misé sur un secteur précis pour se relancer. En l’occurrence, chez eux, c’était la culture. L’investissement a été colossal, mais a aussi été amorti 17 fois. Chez nous, la technologie peut, bien évidemment, aussi se mettre au service de la culture. Notre objectif en la matière est de fédérer tous les acteurs du secteur et mutualiser les ressources créatives via le net et l’« open-data ». C’est un gros changement de mentalité. Car l’être humain, de nature, n’est pas conditionné à tout mettre en commun. »

 

Le mot « numérique » fait peur s’il n’est pas bien expliqué!” – Maxime Prévot

 

Question de mentalité, mais aussi de communication, non?
« Absolument! Je dirais même qu’il s’agit d’un travail de pédagogie. Car il faut sans cesse expliquer et réexpliquer les choses. Le mot “numériqueˮ fait peur s’il n’est pas bien expliqué! »