Plus économiques, plus verts et plus productifs, les « smart grids » sont tout doucement en train de révolutionner la distribution d’énergie. En Wallonie comme ailleurs… État des lieux de ces systèmes qui vont, enfin, nous propulser dans une ère plus intelligente.

Pour faire face aux mutations du paysage énergétique, il est nécessaire de moderniser le système électrique et d’adopter de nouveaux modes de distribution. Ce qui a conduit à privilégier le déploiement des technologies dites de « smart grids » plutôt que le remplacement et le renforcement massif des réseaux. Ce principe se base sur l’intégration des nouvelles technologies de l’information et de la communication aux réseaux.

 

Le solaire n’est pas encore parfaitement adapté aux « smart grids »”- Gilles Guerassimoff

 

4 objectifs essentiels
« Tout cela en vue de quatre objectifs essentiels », explique Géraldine Trapp, organisatrice du congrès parisien Smart Grids, qui réunit la fine fleur du secteur. D’abord, optimiser le rendement des centrales ou des petites unités de production. Ensuite, éviter d’avoir à construire régulièrement de nouvelles lignes. Puis minimiser les pertes en ligne. Et, enfin, optimiser l’insertion de la production décentralisée et diminuer ou éliminer les problèmes induits par l’intermittence de certaines sources. Comme les énergies solaires, l’éolien, et l’hydroélectricité.

Projets pilotes de succès
Mais en matière de smart grids, tous les coins du globe n’en sont pas au même niveau d’avancement. Le Japon est à la pointe. Tandis qu’en Europe, deux pays font figure de leaders: l’Italie et la Suède. En région wallonne, deux projets pilotes ont bien fonctionné, à Marche et à Nivelles. 1.500 compteurs évolués, dont 1.250 compteurs électriques et 250 compteurs de gaz, ont été installés. L’objectif était de tester la faisabilité technique et la capacité à rapatrier les données de consommation. Et ces deux projets se sont soldés par des succès encourageants et quelques grosses questions quant à l’utilisation future optimale des smart grids.

 

Ce système est intimement lié aux énergies renouvelables” - Gilles Guerassimoff

 

Le smart grid pour innover
Mais « impossible » n’a jamais été wallon. Et l’« électricité intelligente » fait son chemin chez nous aussi « Le smart grid est donc un système qui répond à presque toutes les questions énergétiques », conclut Géraldine Trapp. Le système électrique sera ainsi piloté de manière plus flexible et intelligente pour gérer les contraintes telles que l’intermittence des énergies renouvelables et le développement de nouveaux usages comme le véhicule électrique.

La modulation électrique: l’enjeu majeur
Et tout ceci aura donc pour effet de faire évoluer le système actuel vers un système où l’ajustement se fera davantage par la demande, faisant ainsi du consommateur un véritable acteur. Avec, au centre du tout: la modulation électrique, sorte de pivot central du principe dans sa globalité. « C’est effectivement un enjeu majeur », pointe Gilles Guerassimoff, auteur du livre Smart Grids: au-delà du concept, et spécialiste reconnu du secteur. « Surtout que le développement massif des énergies renouvelables risque de déstabiliser le système et d’augmenter le besoin d’équilibrer la fréquence en continu. Si la consommation est supérieure à la production, la fréquence du réseau baisse. À l’inverse, si l’offre est supérieure à la demande, la fréquence augmente. Et ces déséquilibres, s’ils ne sont pas résolus à temps, peuvent conduire à des pannes de courant. »

 

Les « smart grids » répondent à presque toutes les questions énergétiques” – Géraldine Trapp

 

Améliorer les énergies renouvelables
Il fallait aussi améliorer les outils de prévision en matière d’énergies renouvelables. Afin de faciliter leur intégration sur le réseau par la modulation. G. Guerassimoff poursuit : « Pour cela, nous avions besoin d’améliorer la compréhension des productions éolienne et photovoltaïque, de les quantifier et de les mettre en corrélation avec les consommations industrielles ». Ce qui est peut-être plus facile avec l’éolien qu’avec le solaire. Car ce dernier est globalement déphasé avec la demande, notamment industrielle. Et n’est pas encore parfaitement adapté aux smart grids.

Smart grids vs. renouvelable
En effet, il y a du vent toute l’année, jour et nuit, alors que la production photovoltaïque est diurne et davantage saisonnière, au printemps et en été. C’est-à-dire à des périodes où l’activité industrielle est souvent à l’arrêt. « Ce qui montre que, par essence, l’essor des smart grids est intimement lié aux énergies renouvelables », conclut Guerassimoff. Et que les progrès de ces dernières permettront aux smart grids de s’implanter de plus en plus largement.