Le titulaire du Journal Télévisé de la RTBF affiche une cinquantaine épanouie. Son secret? L’homme multiplie les projets et les centres d’intérêt tout en maintenant une distance certaine avec le stress.

C’est dans son « chez lui » à Schaerbeek, à deux pas de la tour Reyers, que François De Brigode nous reçoit. Une maison de surface moyenne dans une rue calme à sens unique où les enfants jouent dans la rue le week-end. Il peut se détendre dans son charmant jardin de ville et consulter ses mails et alertes info dans une belle luminosité. Il n’en faut pas plus pour se sentir zen et reconnaissant. Son secret pour rester en forme après 50 ans?
« Je suis un être perpétuellement optimiste et j’ai la chance d’être en bonne santé. »

 

Je fais du sport et je veille à ne pas manger trop de sucre. Mais je ne veux pas devenir prisonnier d’une hygiène de vie

 

Rester en bonne santé, ça se travaille aussi, non?
« Un peu. Je fais du sport et je veille à ne pas manger trop de sucre. Mais je ne veux pas devenir prisonnier d’une hygiène de vie. Il faut garder le plaisir de vivre, d’autant que je suis quelqu’un qui aime faire la fête. Disons que je suis bien dans mes baskets. »

Professionnellement, c’est le moment où vous êtes le plus épanoui aussi?
« J’ai la chance d’exercer un métier extraordinaire et il me passionne de la même manière aujourd’hui qu’il y a 20 ans. C’est parfois un peu compliqué, mais je n’ai jamais été dans le clan des plaintifs, ceux qui trouvent que ça ne va pas, qui se nourrissent du spleen en permanence. Quand il y a des bas, je me dis que ça ira mieux demain. »

Comment ne pas être stressé quand on fait de si longues journées?
« Le fait d’aimer son métier joue beaucoup. Et puis comme disait mon père: ce n’est pas comme descendre dans la mine. Il est vrai que la réunion de rédaction se déroule à 8h30 et que je rente à la maison vers 20h30, mais j’adore ça. Je ne mourrai pas présentateur de JT, mais je mourrai journaliste dans l’âme tant j’aime l’info. J’y suis addict aussi, il faut le reconnaître. »

©John Swijsen
©John Swijsen

 

Le fait d’aimer son métier joue beaucoup. Et puis comme disait mon père: ce n’est pas comme descendre dans la mine

 

Vos intérêts culturels sont multiples: ça permet de décompresser?
« Sans doute. Je n’aurai pas assez d’une vie pour tout explorer, mais ça me réjouit plutôt. Je suis curieux de tout. Je suis un passionné de cinéma, de musique, de photo… Mais je ne suis pas hyperactif pour autant. Je n’ai pas besoin de me mettre toujours en action. Je peux passer une journée à lire un livre dans le jardin. »

La photo, c’est plus qu’un hobby, vous préparez une deuxième expo de paysages?
« Oui. J’ai un projet de paysages en couleurs, notamment dans les Corbières, une région que j’aime et où je vais régulièrement. Mais je ne me limite pas aux paysages. On peut le voir sur mon site, j’ai fait du reportage photo pour Cap 48 notamment et j’ai travaillé sur d’autres séries. Je préfère ne pas cadenasser les choses. »

La stabilité familiale, c’est le garant du bien-être?
« Certains vivent très bien seuls, d’autres pas. J’ai la chance d’être bien entouré. Je ne donne pas non plus le qualificatif d’ami à n’importe qui. J’en ai peu, mais on est très proches. À la maison, tout va bien aussi. Je n’ai pas d’enfant biologique, mais j’ai adopté la fille de ma femme qui a toujours son papa. Comme je l’ai élevée, ça me semblait une démarche naturelle. »

 

Comme le loup, je peux vivre sans problème seul ou en meute. Et je me sens bien partout

 

Vous habitez à deux pas du boulot, vous échappez donc au stress de la circulation.
« Je peux aller travailler à pied, c’est une chance. Ça me permet d’y aller à pied et ces 10 minutes de marche constituent un petit break pour remettre les compteurs à zéro en sortant du JT. Je vais fêter mes 20 ans de journal télévisé à l’automne, mais il y a toujours un peu de pression. Ceci dit, j’en ai moins que quelqu’un qui a des embouteillages pour entrer dans Bruxelles chaque matin. Au quotidien, ce genre de stress peut provoquer des soucis de santé. Moi, j’ai décidé de quitter Charleroi il y a 20 ans lorsque j’ai démarré au JT. »

La rupture a été douloureuse?
« Non, parce que mes racines y sont toujours. Mais aussi parce que, dans le monde animal, je peux me comparer à un loup. Je peux vivre sans problème seul ou en meute. Et je me sens bien partout. Je pourrais déménager demain. De préférence au bord de l’eau, mais je peux m’installer mon nid partout. »

Où vous ménagez-vous des escapades pour faire un break?
« Comme tout le monde, je rêve de grands voyages et j’ai envie de faire le tour du monde. Mais les petits week-ends font aussi bien l’affaire. J’adore viscéralement la mer du Nord, les dunes, le grand air, surtout en hiver. Et puis pour se ressourcer, les communes autour de Charleroi dont je suis natif, sont magnifiques surtout hors saison: Loverval, la région de Nalinnes, l’abbaye d’Aulne… »

 

Il faut garder le plaisir de vivre, d’autant que je suis quelqu’un qui aime faire la fête

 

Vous parlez beaucoup de chance pour expliquer votre sérénité. C’est vraiment de ça qu’il s’agit?
« Dans la vie, certains ont plus de chance que d’autres. J’évolue dans un chouette milieu social, j’ai une stabilité familiale, un cercle amical solide. Certains ont des problèmes de santé ou psychologiques, familiaux. Certes, tout n’est pas rose dans ma vie, il y a des moments de malchance. Mais cela ne va pas me pénaliser ad vitam æternam. J’essaie de rester lucide et serein en reconnaissant quand il y a un problème, en parlant et en essayant de le résoudre. »

Avez-vous toujours été aussi zen ou avez-vous fait du yoga pour le devenir?
« Chez moi, ce n’est pas lié à la maturité. J’ai toujours été comme ça. Quand j’étais jeune on disait d’ailleurs que c’était une forme d’inconscience. Mais peut-être cela s’exprime-t-il plus aujourd’hui. Qu’on ne s’y trompe pas, cela ne veut pas dire que je suis toujours d’un calme olympien. Dans mon boulot, je peux m’énerver et me faire entendre. Mais je sais reconnaître quand je suis bien. »

Êtes-vous aussi serein par rapport à l’avenir, la pension, l’épargne?
« Là encore, je fais preuve d’une forme d’inconscience. Je n’ai pas fait de placements. Je sais que ma pension ne sera pas bien épaisse, mais ça ne m’inquiète pas. Je ne suis pas radin et pas trop économe. Certains voient la maison comme un investissement. Moi, c’est plutôt un endroit où je dois être bien. Comme dirait un de mes amis : je ne me pèse pas avec mon portefeuille. »

©John Swijsen
©John Swijsen
Si François Brigode n’avait pas été journaliste, il serait…
« Si je n’avais pas été journaliste, j’aurais rêvé d’être médecin pour MSF ou chirurgien pour Médecins du monde. J’aime beaucoup le côté risqué d’intervenir en urgence et la démarche de ces ONG. Mais je n’aurais pas pu mener à bien les études car je n’étais pas doué en sciences. Quant à la vue d’une seringue, elle me rend malade à un kilomètre! »