Se lancer dans un nouveau job et changer totalement de secteur, beaucoup de quinquagénaires en rêvent. Certains le font. Une belle occasion à saisir pour se réinventer et redonner du sens à sa vie professionnelle.

©Guy De Lhonneux
©Guy De Lhonneux

Guy de l’Honneux – 52 ans, de Manager RH à patron d’entreprise

Pourquoi avoir changé totalement de vie professionnelle?
« J’avais envie de passer à autre chose, d’entreprendre au service du manger mieux et local en Belgique. Avec un associé, je viens de racheter deux entreprises: la boulangerie-pâtisserie Thirion de Binche et la société Betramos d’Andenne spécialisées dans les gaufres. Me voilà depuis avril à la tête de 125 employés! Je me sentais prêt à sauter ce pas après une carrière comme spécialiste RH dans le privé, chez Coca-Cola, Unilever, etc. puis comme consultant indépendant. Changer de cap après 50 ans, c’est idéal. Je suis plus serein et fort de mes expériences qui me servent dans la gestion des équipes, des achats, etc. C’est un changement total: de fonction, de rôle, de secteur, de statut. »

Quelles sont les clés d’un virage réussi?
« Se fixer des objectifs, être passionné, optimiste et réaliste. Faire aussi de belles rencontres. Avec les cédants des sociétés, j’ai noué une vraie relation de confiance. Idem avec mon associé, rencontré à un cours du Club des repreneurs. Nous partageons les mêmes valeurs: passion, performance, respect des hommes et respect de la planète. Pour reprendre une société, le tandem est la solution idéale. On évite la solitude de l’entrepreneur! À tout instant, on peut confronter nos avis, chercher des solutions et partager les risques. Car on injecte une grosse partie de son patrimoine. Mon moteur n’est pas l’argent mais mon envie de diriger une société. C’est fait. J’ai déjà réussi! »

Trois conseils à ceux qui veulent sauter le pas?
« Primo, rencontrer des gens qui l’ont fait. Ecouter des repreneurs passés par là, a conforté mon envie de switcher et m’a donné des outils pour le faire. Il faut aussi bien s’appuyer sur son réseau et, une fois à la tête de sa boîte, sur ses employés. Mon nouveau cap m’a apporté la dimension “aventure humaine” moins présente dans mes fonctions passées d’employé. Je suis maintenant dans un métier extrêmement concret de production agro-alimentaire où on porte des hommes. Dernier conseil, cette réelle prise de risques engage énormément d’énergie, de temps et d’argent. Elle doit être discutée avec sa ou son partenaire. Une fois le projet accepté, on peut avancer sereinement. »


 

© Cathérine Dinsart
© Cathérine Dinsart

Cathérine Dinsart – 56 ans, de Business Accountant à Professeur-Maître assistant en Haute École

Pourquoi avoir changé totalement de vie professionnelle?
« Mon licenciement de chez Pfizer en 2015 a servi de déclic. Plutôt que d’essayer de retrouver un poste de business accountant ailleurs, je suis revenue à mon premier amour: l’enseignement, que j’avais exercé en début de carrière. Ce C4 a matérialisé mon souhait d’y retourner. J’avais en moi cette envie croissante de recommencer à transmettre aux autres, aux jeunes. Ce que je fais maintenant à la Haute École Lucia De Brouckère où je donne des cours de gestion, compta, socio-économie, préparation pour ingénieur industriel… J’y partage mon expérience. Ce virage m’a reboostée et je me suis impliquée. Résultat: j’ai la garantie d’un horaire à temps plein la prochaine année scolaire. »

Quelles sont les clés d’un virage réussi?
« Il faut être acteur de sa décision, faire des choix positifs et être intimement convaincu que c’est ce qu’on veut. Tout en étant lucide que rien n’est parfait. Je gagne évidemment moins que dans le secteur pharmaceutique qui paye très bien, mais je suis plus heureuse et épanouie. A l’heure où le secteur privé considère de plus en plus les 50+ comme obsolètes, ceux-ci ont une belle carte à jouer dans la valorisation de leur expérience acquise, notamment dans le secteur de l’enseignement où il y a une forte demande. La cinquantaine, c’est le moment où jamais pour s’épanouir dans ce qui nous correspond le mieux. Tout changement implique de casser la routine, de se remettre en question. »

Trois conseils à ceux qui veulent sauter le pas?
« Avoir l’envie de se remettre en question est primordial! Sinon pourquoi changer? Ensuite, dès l’instant où on a décidé de se… décider librement, l’essentiel est de se donner tous les moyens pour y arriver: continuer à se former, bien se renseigner sur l’activité choisie, activer son réseau pour collecter des infos précises sur la réalité actuelle du secteur concerné. Et si ça bloque, si on a des doutes, il ne faut surtout pas hésiter à se faire aider par des gens qui sont dans le domaine et peuvent être de bon conseil. Confronter son projet à l’avis des autres est essentiel Il faut se donner les moyens de croire en soi. Je suis très contente de m’être remise en question. »


 

© Olivier Brissaud
© Olivier Brissaud

Olivier Brissaud – 60 ans, de Directeur Général à consultant en économie sociale

Pourquoi avoir changé totalement de vie professionnelle?
« J’étais directeur général d’une entité du groupe Volkswagen. A 55 ans, après 25 ans chez VW, j’ai senti le besoin de redonner du sens à mon activité et de changer. Un coach m’a conseillé de demander aux gens de mon réseau: comment un vieux con comme moi peut se rendre utile? En 6 mois, j’ai vu 300 personnes. Beaucoup m’ont dit: pourquoi ne pas mettre ton background au service de l’économie sociale? L’action de ces structures à but solidaire et durable, m’a parlé. Je me suis lancé comme bénévole et comme indépendant parfois rémunéré pour des missions de coaching et de conseils auprès de ces structures. J’ai aussi un mi-temps payé comme chef d’un projet pour aider des personnes fragilisées. »

Quelles sont les clés d’un virage réussi?
« Parvenir à se réinventer. Il faut d’abord se demander, c’est quoi mon sweet spot?:  qu’est-ce que je sais faire? Qu’est-ce que j’aime faire? Et de quoi a-t-on besoin? Avoir des revenus est important mais dans la cinquantaine les besoins diminuent, on peut revoir son train de vie, sa manière de consommer, ses besoins et se questionner sur le sens à donner au reste de sa vie. J’ai un mi-temps qui dégage des rentrées et de temps à autre j’assume des missions rémunérées mais je ne cours pas après. Le reste est bénévole. Je ne veux pas reproduire ce que je faisais avant. D’autre part, la cinquantaine est un âge idéal, une période plus calme qui permet de se repositionner socialement. »

Trois conseils à ceux qui veulent sauter le pas?
« Parler avec des gens qui ont déjà vécu ce changement complet de paradigme professionnel. Cette transmission de savoir permet de tracer le chemin à suivre. A mon tour, je reçois en moyenne deux personnes par mois pour partager mon expérience. Des 50+ mais aussi des moins de 30 ans qui après une première expérience dans une grosse boîte se disent déjà: c’est pas pour moi. Ensuite, il faut être patient. Cette transition demande du temps pour réfléchir, anticiper la question de son style de vie, de ce qu’on a vraiment besoin, de ce qu’on ressent. Enfin, l’activité choisie doit vous correspondre. Oeuvrer dans l’économie sociale nécessite, par exemple, de l’empathie et de l’altruisme. »