Féru de technologie en particulier, et passionné par les aspects humains du management en général, Jacques Platieau préside aux destinées d’IBM en Belgique avec un objectif qui le guide jour après jour: adapter la technologie aux besoins de ses très nombreux clients.

Durant une bonne heure d’un entretien passionnant, souriant et affable, pas diva de la langue de bois pour deux sous, celui qui préside aux destinées d’IBM en Belgique va faire ce qu’il fait de mieux: s’enthousiasmer. Pour la technologie actuelle, pour ses avancées futures, pour toutes ses potentialités, et pour une firme qui permet à notre petit pays de faire jeu égale avec les ténors du monde entier.

IBM est une multinationale, avec des ramifications dans le monde entier. Quelle est votre liberté d’action par rapport aux décisions prises au siège central?
« Chaque filiale est très à l’écoute de son marché. Les stratégies sont définies au niveau mondial, bien entendu, mais les choix plus précis s’opèrent au niveau local. Dans la nouvelle économie, c’est encore plus indispensable. Notre stratégie est entièrement axée autour des données. Il s’agit d’un concept très large, regroupant l’utilisation de ces datas sous toutes leurs formes! Nous vivons une période palpitante car la technologie n’est plus un frein, ni un problème. Maintenant, il faut encore marier celle-ci avec les stratégies propres de chaque entreprise. C’est là que nous intervenons. »

 

La technologie est désormais maîtrisée, devenant même parfois de la pure commodité

 

Qu’entendez-vous en disant que la technologie n’est plus un problème?
« Elle est désormais maîtrisée, devenant même parfois de la pure commodité: on peut, par exemple, acheter de l’espace Cloud sans le moindre souci et à un prix très bas. Et puis, surtout, elle joue aussi un rôle d’enabler, car elle permet de développer des services que l’on n’imaginait pas possibles il y a quelques années d’ici… L’intelligence artificielle, par exemple, permet de découvrir des nouveaux espaces d’application. »

Quels sont ces secteurs où l’intelligence artificielle a pris beaucoup d’ampleur?
« On sait par exemple que la recherche en cancérologie s’avère très complexe. Et, depuis un moment, c’est précisément l’intelligence artificielle qui a permis de faire des avancées énormes dans la recherche immunitaire. Entre autres parce qu’elle permet d’étudier un nombre record d’informations et d’images! Mais il existe aussi d’autres secteurs où l’IA a bouleversé la donne… »

Par exemple?
« Je pense au secteur bancaire. Nous avons récemment collaboré avec KBC pour développer une application en forme de “chatbot”, permettant d’avoir une véritable conversation entre le client et un spécialiste. Il y a deux ans, nous avons débuté le développement, avec le VDAB, l’équivalent néerlandophone de l’ONEM, d’une application qui scrute les adéquations entre les jobs disponibles et les profils des chercheurs d’emploi… Là aussi, l’intelligence artificielle nous a permis, en regroupant un maximum de données, d’aider des gens à définir les étapes qu’ils avaient encore à franchir, en matière d’éducation et de formation notamment, pour être en plus en état de trouver un job! Mais toutes ces applications n’ont de sens que si elles sont traduites dans les réels besoins du client. Nous développons donc des compétences par industrie. »

 

C’est précisément l’intelligence artificielle qui a permis de faire des avancées énormes dans la recherche immunitaire

 

Dans la société, il y a donc des profils technologiques, mais aussi des profils adaptés aux spécificités de vos clients?
« De fait! Nous avons des spécialistes par industrie. Médical, bancaire, public… Et quand nous ne disposons pas d’experts en Belgique, nous pouvons mutualiser les compétences à travers tout le groupe au niveau mondial, et faire appel aux bonnes personnes dans d’autres pays où IBM est actif! »

Outre l’intelligence artificielle, quels sont les autres éléments-moteurs du développement d’IBM?
« L’explosion des données sous toutes leurs formes! On dénombre celles qui se trouvent au-delà des firewall, comme celles des réseaux sociaux. Qui sont à moitié structurées. Arrivent ensuite les données pas du tout structurées. Par exemple celles en provenance de l’Internet des objets. Les conserver n’est pas un souci en soi! Par contre, favoriser leur utilisation optimale reste un défi gigantesque. C’est tout l’enjeu de la “transformation numérique”! Un challenge énorme pour les prochaines années… »

C’est ce genre de défi qui vous anime dans votre fonction de Country Manager?
« L’IA et la gestion des données ont fait d’IBM un leader dans son domaine. Nous sommes dans une évolution constante, c’est très excitant. J’adore voir les entreprises évoluer et se transformer au niveau technologique! Et, par ailleurs, nous sommes aussi confrontés aux changements dans la société. On entre là dans l’aspect humain de la gestion, qui me passionne aussi! »

 

Travailler de partout, c’est bien, mais pas trop

 

Cette gestion humaine passe bien entendu par le télétravail, précisément facilité par la technologie. Quelle est votre approche en la matière?
« Nous avons même été précurseurs en la matière! Et aujourd’hui, c’est carrément devenu un mode de vie. Nos employés pensent avant tout leur job en termes d’efficacité. S’ils ont besoin d’être isolés, ils travaillent à distance. S’ils ont besoin de contacts avec leurs collègues, ils viennent ici, au bureau. »

Autre sujet dont on parle de plus en plus: « le droit à la déconnexion » Avec son corollaire, le respect de la vie privée des employés. Comment gérez-vous cette problématique?
« Travailler de partout, c’est bien, mais pas trop (rires)! Si IBM est toujours présent et vaillant aujourd’hui, c’est bien parce que le groupe suit des valeurs très fortes en la matière. Comme le fait de demander à nos collaborateurs de ne pas travailler à des horaires incompatibles avec une vie privée épanouie. C’est dans nos gènes de respecter nos employés. Sans équilibre dans sa vie, un collègue n’est bon ni chez lui, ni au travail. »

À côté de votre fonction principale de Country Manager, vous êtes aussi président du club de basket des Castors Braine. On gère IBM comme on gère un club sportif?
« Oui et non! Non, parce que ce club est une PME, dont la taille n’a rien à voir avec celle d’IBM. Mais il y aussi des points communs, comme le sens de la rigueur, nécessaire dans les deux cas. Puis, dans un club sportif, il y a des fonctions où il faut arriver à se séparer de l’aspect émotionnel dans sa gestion, dans le respect des valeurs que l’on se définit. Comme chez IBM. »

 

La technologie joue un rôle d’enabler, car elle permet de développer des services que l’on n’imaginait pas possibles il y a quelques années d’ici, comme l’intelligence artificielle

 

Personnellement, les deux fonctions se nourrissent mutuellement?
« Même si j’opère une scission stricte entre les deux fonctions au quotidien, personnellement, l’une nourrit l’autre, bien sûr! La gestion d’une PME m’apprend beaucoup et me donne une richesse dans la relation humaine, qui m’est utile chez IBM. Par ailleurs, ma crédibilité en tant que Country Manager d’IBM m’en a bien entendu donné aussi une chez les Castors. »

Si Jacques Platieau n’avait pas été Country Manager de IBM, il serait…
« J’aurais de toute façon travaillé dans la technologie de pointe, un secteur qui m’a toujours attiré. Et je choisirais un job où, comme chez IBM, il faut comprendre les problématiques et défis des entreprises et des clients avec qui je travaille. Et puis, même si le raccourci peut être vite fait à ma place, non, je ne me serais pas vu joueur de basket professionnel! Je joue encore au niveau amateur, mais bien moins que je ne le voudrais. Et je n’ai de toute façon jamais eu le niveau pour être au top! »