Au-delà des discours marketing, des positionnements et des rêves du début, de plus en plus d’organisations savent maintenant qu’elles doivent d’une manière ou d’une autre passer aux Big Data. Elles ont la parole.

Anne-France Brogneaux – Senior R&D Engineer, CETIC

Qu’est-ce qui vous a convaincu de passer au big data?
« En tant que centre de recherche, le CETIC fait de la gestion des données un axe de travail majeur, que ce soit en termes de collecte, de stockage ou de traitement. Notre veille technologique nous a naturellement amenés à considérer les outils et méthodes liés au big data dès le début des années 2010. Grâce aux expérimentations menées avec les “early adopters” locaux, nous avons acquis le recul nécessaire pour distinguer l’effet de mode de la pertinence avérée des technologies émergentes dans ce domaine. L’attention portée au big data a ensuite suivi les demandes croissantes de nos partenaires induites par la numérisation massive des données qu’ils sont amenés à traiter. »

Comment cela s’est-il passé?
« On peut distinguer trois profils d’adoption au sein des entreprises. Il y a tout d’abord celles ayant un besoin avéré du big data, parce qu’elles doivent générer, collecter et traiter des données nombreuses et variées, comme dans l’IoT. D’autres entreprises lancent des projets pilotes afin d’évaluer les avantages et les limites du big data. Enfin, certaines entreprises s’y intéressent plutôt pour suivre la tendance, ce qui peut s’avérer contre-productif. Notons que le big data n’est pas réservé au secteur du numérique: de plus en plus d’entreprises peuvent désormais valoriser davantage les données produites dans le cadre de leurs activités quotidiennes. »

Le GDPR sera effectif en mai 2018, quel est votre avis et cela va-t-il changer votre manière de travailler?
« Avant l’introduction du GDPR, nos partenaires étaient généralement peu sensibles à la directive européenne de 1995 relative à la protection des données personnelles. Notre rôle consistait alors principalement à attirer leur attention sur l’importance de cette problématique. Le renforcement des contraintes légales qu’impose le GDPR, sa médiatisation, ainsi que l’accès généralisé à de grandes quantités de données incitent aujourd’hui les entreprises à prendre en compte la gestion des données personnelles dès la conception d’un projet informatique. Nous les accompagnons dans cette démarche en les encourageant à suivre une méthodologie alliant solutions techniques et dispositions légales. »


 

Jean-François Laes – Chief Technological Officer, OncoDNA

Qu’est-ce qui vous a convaincu de passer au big data?
« Nous vivons dans un monde hyper-connecté où les patients collectent de plus en plus toute une série de données via leurs smartphones, smartwatchs… De plus, le cancer est depuis longtemps connu comme étant une maladie complexe qui évoluent dans le temps. Chaque cancer est unique ainsi que son évolution. Cependant, certains patterns pourraient être identifiés afin de mieux soigner ces patients. Mais ces patterns sont rares et seul un grand nombre de données sur un grand nombre de patients nous permettent de pouvoir les identifier. C’est pour toutes ces raisons que nous sommes convaincus de passer au big data. »

Comment cela s’est-il passé?
« Collecter et stocker des données est assez facile, il suffit d’avoir l’argent, mais collecter de manière intelligente et structurée demandent des compétences et une organisation qui dépassent la gestion de l’espace mémoire. Nous avons passé du temps avec les spécialistes de la santé et les patients pour définir les données collectables et la manière dont nous pouvions les collecter sans être intrusif pour les patients ou trop time consuming pour les oncologues. Nous sommes toujours en phase de construction où chaque brique est disposée avec beaucoup de soin, car si nous nous trompons, tout ce que nous aurons mis en place ne présentera aucune valeur. »

Le GDPR sera effectif en mai 2018, quel est votre avis et cela va-t-il changer votre manière de travailler?
« Il est évident que cette nouvelle directive européenne va tout bouleverser dans notre manière de collecter et diffuser l’information, et ceci est vrai pour tous les secteurs d’activités. Nous avons anticipé ce changement en faisant appel à des consultants et le recrutement d’une juriste qui est aussi DPO. Toutes nos procédures sont en cours de révision afin de répondre à cette directive. Ceci est un changement majeur car nous devons à la fois continuer à collecter les informations clés des oncologues et des patients afin de faire progresser les choix de traitements contre le cancer et en même temps protéger toutes ces personnes d’une intrusion dans leur vie privée. »


 

Quentin Paquot – Chief Commercial Officer, Qualifio

Qu’est-ce qui vous a convaincu de passer au big data?
« Si on considère le big data comme la collecte de données pour par exemple une audience sur le web ou une utilisation de certains, c’est un peu l’essence-même de notre société. Au départ, quand les deux fondateurs ont créé l’entreprise, c’était pour créer une plateforme de collecte des données, un outil qui permet à nos utilisateurs, majoritairement des groupes médiatiques, de facilement collecter des données de navigation, comme le nom, prénom, e-mail… C’est avec l’essor des data qu’une boîte comme la nôtre a vu le jour. »

Comment cela s’est-il passé?
« On a grandi avec l’évolution du big data. On est passé d’une boîte de 2-3 personnes à une boîte de 40 personnes avec des bureaux à l’étranger, notamment à Paris, à Madrid, à Amsterdam. En suivant nos clients, nous avons pu grandir. Ce qui est intéressant c’est que nous sommes continuellement mis au défi, c’est un domaine qui bouge très fort. Il y a énormément d’outils technologiques qui arrivent sur le marché. Nos clients nous expliquent ce qu’ils veulent faire et où ils doivent arriver et c’est à nous de les aider tout en s’intégrant avec d’autres outils disponibles sur le marché. »

Le GDPR sera effectif en mai 2018, quel est votre avis et cela va-t-il changer votre manière de travailler?
« Je ne m’attends pas du tout à un cataclysme. Grâce au GDRP, il y aura une meilleure prise de conscience et une meilleure responsabilité des personnes qui hébergent des données. Tout le monde est en train de se demander: où ai-je perdu des données? Pourquoi est-ce que je les héberge? Qu’est-ce que j’en fais effectivement? Comment puis-je véritablement les supprimer si quelqu’un me le demande? Pour nous, ça nécessite de responsabiliser nos clients qui récoltent des data via notre outil. On doit miser sur une transparence et leur donner la possibilité de très facilement exporter, effacer des données. Nous aurons toute une fonctionnalité dans l’outil qui permettra de gérer les différents éléments. »