Depuis 2014, en plus de sa casquette de Ministre wallon de la Mobilité et des Transports, Carlo di Antonio exerce entre autres celles de Ministre de l’Environnement, de la Transition écologique, de l’Aménagement du territoire.C’est à ce titre qu’il réfléchit à une meilleure utilisation de la voiture et à une solution d’avenir: le covoiturage.

Ex Conseiller communal de Dour dont il est bourgmestre, Carlo Di Antonio, 55 ans, a œuvré en 2002 à la mutation du défunt PSC en Centre démocrate humaniste (cdH). Fils de mineur issu d’une famille de six enfants, il évoque avec nous l’un de ses plus importants défis: la mobilité.

Sur le plan de la mobilité, qu’est-ce qui occupe surtout votre esprit, à l’heure actuelle?
« L’important, à mes yeux, c’est que le réflexe du covoiturage puisse se développer et que les résultats belges à ce niveau s’améliorent, car nous avons un gros déficit par rapport à nos voisins. Le Belge a l’habitude d’avoir sa voiture, et c’est lié à notre système développé de voitures de société. À partir du moment où beaucoup d’entrepreneurs offrent une voiture de société incluant le carburant, c’est logique que l’envie de partager la route avec quelqu’un d’autre soit moins grande. Mais tant économiquement qu’écolo-giquement, cela n’a plus de sens. Il va donc falloir que ces avantages donnés aux travailleurs puissent évoluer vers autre chose, peut-être dans une sorte de package, où l’on s’orienterait vers des avantages mieux réfléchis, vers une autre mobilité. Mais cela fait partie d’une réflexion que nous avons avec le Ministre fédéral François Bellot, après une première promotion du covoiturage et de la mise en place d’une application, ComOn, qui met les covoitureurs en contact. »

 

En covoiturage, la Belgique a un gros retard par rapport à ses voisins

 

Modifier des habitudes ancrées depuis parfois plusieurs décennies, on imagine qu’il s’agit là d’un travail de longue haleine…
« Oui, mais c’est aussi cela qui est intéressant! Nous venons par exemple de faire des investissements importants dans 2000 nouvelles places de parkings pour covoitureurs, prêtes d’ici la fin de l’année, dans des endroits en général bien surveillés. Nous étudions aussi la possibilité de rendre accessibles des bandes routières spécifiques de covoiturage. Notamment sur les zones les plus embouteillées de Wallonie et de Bruxelles, comme l’entrée de la capitale et le passage de la province du Luxembourg au Grand-Duché, où l’on a des tronçons systématiquement embouteillés. Nous voudrions donner l’avantage à ceux qui veulent se déplacer à plus de trois personnes dans un véhicule. Ceux-ci pourraient alors utiliser la bande d’arrêt d’urgence aux heures de pointe, comme c’est le cas pour les bus entre Wavre et Bruxelles. Des travaux vont se poursuivre dans ce sens d’ici début 2018. Un autre point serait d’augmenter l’intérêt fiscal. Des mesures existent déjà, mais nous pourrions aller plus loin pour valoriser financièrement celui qui aurait choisi le covoiturage. Si nous pouvons doubler les deux-trois pour cent actuels, ce serait déjà une différence significative en termes de mobilité. Un calcul a été fait que si une vingtaine de pourcents des « autosolistes » basculaient vers du covoiturage, les embouteillages disparaîtraient. C’est aussi simple que cela! »

Si vous mettez autant le covoiturage en avant, c’est bien parce qu’il représente l’alternative numéro un?
« C’est la plus facile, car elle n’impose qu’un changement de comportement, et il n’y a pas beaucoup d’infrastructures nécessaires. Laisser la voiture un jour de la semaine à la maison pour covoiturer avec quelqu’un habitant dans son coin, et allant plus ou moins vers une même destination, suffit! On fait encore face à un frein culturel et à de vieilles habitudes, mais rien ne nous empêche d’agir tous dès aujourd’hui. Puis, être à plusieurs dans une voiture, ça peut être sympa et moins coûteux! Et j’ajouterais, sous ma casquette de ministre de l’Environnement, que quand il y a une voiture au lieu de trois sur les routes, c’est forcément une pollution atmosphérique moindre, des émissions de CO2, de gaz et de particules fines en moins. »

Pour booster tout cela, vous envisagez d’autres campagnes médiatiques?
« Oui, on en prévoit encore, mais la meilleure campagne, c’est la prise de conscience collective! Qu’un autosoliste se rende compte qu’il est quasi à l’arrêt dans un embouteillage et qu’il regarde passer à côté de lui, sur la bande d’arrêt d’urgence, des covoitureurs rouler à 50 km à l’heure, c’est la meilleure carte de visite qu’on puisse imaginer pour cette problématique! »

 

Réduire le trafic, c’est diminuer le stress. Et donc améliorer le bien-être au travail

 

Vous êtes optimiste pour l’avenir?
« Oui. Là où je le suis le plus, c’est quand j’observe le comportement des plus jeunes générations, qui ont d’autres réflexes. Ce qu’elles veulent d’abord, ce sont des solutions de mobilité, du train au vélo électrique, en passant par les transports en commun. Elles préfèrent partager, aussi en cherchant des solutions avec leurs portables, quitte à participer aux frais avec quelqu’un d’autre. On le sent clairement lors d’événements publics ou de concerts: il y a là une recrudescence de fréquentation sur les sites proposant des mobilités alternatives. »

C’est bien sûr réjouissant d’entendre qu’il y aurait moins de voitures sur les routes, et donc moins de trafic, mais comment, selon vous, combler les nombreux emplois en jeu qu’il y a autour de ce secteur?
« Nous nous devons de soutenir les constructeurs, et bien sûr ceux qui proposent des solutions alternatives. On voudrait aller vers la rédaction d’un texte mettant en valeur les véhicules verts, qui seraient scindés en trois catégories: électriques, au CNG (Compressed Natural Gas) ou classiques, dans certains cas. En fait, les gens font juste moins d’usage de leur voiture, ou l’utilisent pour leurs loisirs. N’oublions pas que de très nombreux Wallons habitent dans les campagnes ou en périphérie de ville. Le changement, plus que jamais, c’est d’en faire un usage moins systématique, pour à terme profiter de ces couloirs appropriés. Quand on voit le flux entre Mons, Bruxelles ou Namur le matin, où l’on constate que tout le monde va au même endroit ou presque, c’est insensé. Rendre le réseau plus fluide, c’est économiser de l’argent et de l’énergie. Et cela concerne tout le monde: Flamands, Bruxellois et Wallons. S’il y une compétence qui nous concerne tous, c’est bien la mobilité! Et les administrations publiques se doivent de montrer l’exemple à ce niveau-là. »

Vos solutions proposées semblent d’autant plus envisageables avec ce dont on parle plus que jamais dans le monde entrepreneurial: le bien-être au travail…
« Complètement, vu le stress engendré en moins. S’épargner une heure et demie de route, c’est aussi avoir du temps à consacrer à ses enfants. C’est d’ailleurs une réforme que je veux aussi évoquer, à savoir celle de faire en sorte que certains travailleurs puissent prester quatre jours sur leur lieu de travail, et faire leur cinquième jour à la maison grâce au télétravail. C’est faisable, vu les méthodes de contrôle désormais évidentes, puisque nous sommes tous connectés et que la productivité se mesure à distance. Là encore, c’est un changement global de comportements qui devrait évoluer dans les années à venir. Et qui est lui aussi aisément organisable! »

Si Carlo Di Antonio n’était pas devenu ministre, il serait devenu…
« Étant au départ chef d’entreprises, j’aurais continué à en créer. Peut-être serais-je devenu un business angel, à savoir celui qui peut épauler des jeunes pour créer, financer et booster leurs entreprises.

MOB_OCT17-015Si Carlo Di Antonio n’était pas devenu ministre, il serait devenu… ?
« Étant au départ chef d’entreprises, j’aurais continué à en créer. Peut-être serais-je devenu un business angel, à savoir celui qui peut épauler des jeunes pour créer, financer et booster leurs entreprises. »