Concilier l’efficacité économique avec les enjeux sociaux, sociétaux ou environnementaux, tel est l’objectif de l’entrepreneuriat social. Bien qu’il connaisse un essor considérable et génère de nombreux emplois, ce modèle demeure encore peu connu du grand public.

Aventure entrepreneuriale
L’aventure entrepreneuriale peut revêtir plusieurs formes. On peut entreprendre pour son propre compte : auto-création, création d’entreprise par essaimage ou par franchise. On peut entreprendre pour le compte d’une entreprise (intrapreneuriat). Ou entreprendre en faveur de l’intérêt général, via la création ou la gestion d’entreprises dites sociales, ou ES.

Trois piliers importants
Selon le Réseau Européen de recherche en entreprise sociale EMES, l’ES repose sur trois piliers : un projet économique viable, une finalité sociale et/ou environnementale et un mode de gouvernance démocratique.

Dynamique collective
Concrètement, l’ES produit des biens et/ou des services, affiche un niveau significatif de prise de risque économique et requiert un niveau minimum d’emplois rémunérés. Jusque-là, rien de bien original par rapport à l’entreprise classique. Là où elle se différencie, c’est au niveau des deux caractéristiques suivantes. « L’un des principaux moteurs de l’ES est le service rendu à la communauté, à ses membres ou à un groupe spécifique de personnes, explique Marie-Caroline Collard, directrice de la Solidarité des alternatives wallonnes et bruxelloises (SAW-B). Le projet entrepreneurial émane d’ailleurs souvent d’une dynamique collective qui partage un besoin ou un objectif commun. Si elle n’est pas de type associative, l’entreprise distribue ses bénéfices éventuels non pas aux membres ou dirigeants, actionnaires ou administrateurs délégués mais les met au service de sa finalité. » Le troisième critère, enfin, évoque une dynamique participative et inclusive. Les parties prenantes du projet participent à la gestion de l’entreprise selon le principe « un membre, une voix ». Le pouvoir de décision n’est donc pas basé sur la détention du capital.

Entreprises sociales
« Ces différents critères caractérisent les entreprises sociales selon un idéal-type » précise M.C. Collard. De fait, les entreprises tendent à les respecter sans forcément répondre parfaitement à chacun d’eux. Ils ne sont pas normatifs mais les pratiques de l’entreprise sociale traduisent et reflètent ces indicateurs au quotidien. Certains d’entre eux, identifiés comme contraignants, sont la plupart du temps inclus dans les statuts. La finalité sociale, par exemple.

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Le projet entrepreneurial émane souvent d’une dynamique collective qui partage un besoin ou un objectif commun

 

ES dans tous les secteurs d’activité
Si elle se constitue le plus souvent sous forme de coopérative, de mutuelle, d’ASBL (qui produit des biens et/ou services) ou de fondation, l’ES peut adopter n’importe quel statut juridique. Elle se retrouve dans tous les secteurs d’activité: de la santé à la construction, en passant par l’insertion professionnelle, le logement, l’énergie, le recyclage ou l’alimentation. « En Belgique, on la retrouve moins dans des domaines industriels mais cela existe au niveau européen ».

Modèle économique « hybride »
En ce qui concerne le financement, l’ES adopte généralement un modèle économique « hybride ». C’est-à-dire qu’elle tire ses revenus d’une combinaison entre les sources du marché (via la vente de ses biens et/ou services) et les sources hors marché (subventions publiques, dons et autres contributions pécuniaires ou en nature, telles que le bénévolat).

Croissance de l’emploi
Le Baromètre annuel des entreprises sociales en Belgique, publié par l’Académie des entrepreneurs sociaux (HEC-Ulg Liège) révèle qu’aujourd’hui, près de 400.000 emplois relèvent de l’économie sociale. « Un salarié sur sept travaille au sein d’une entreprise sociale, déclare Sybille Mertens, directrice de recherche au Centre d’Économie Sociale, chargée de cours à HEC Liège et coordinatrice du Baromètre. En 10 ans, la croissance de l’emploi dans ce type de structure a été deux fois et demie supérieure à la croissance de l’emploi dans le reste de l’économie. Ces modèles d’entreprise sont plébiscités et nous invitent à repenser le fonctionnement de l’activité économique, en regard des défis sociétaux contemporains. »