Directeur général de l’aéroport de Charleroi, Jean-Jacques Cloquet gère son entreprise en bon père de famille ou, plutôt, en bon entraîneur sportif. Aussi appliqué sur le terrain que dans les gradins, il nous explique la stratégie qu’il déploie au quotidien.

Joueur de football professionnel alors qu’il poursuit ses études d’ingénieur en électromécanique à la Faculté polytechnique de Mons, Jean-Jacques Cloquet interrompt sa carrière sportive à l’âge de 26 ans en raison de problèmes au genou. Son diplôme en poche, il est engagé par Solvay en tant qu’ingénieur de production. Au terme de 20 années d’activité, il quitte son poste à haute responsabilité pour s’établir à son compte. Consultant indépendant, il intègre l’aéroport de Charleroi en 2007 et, un an plus tard, il est nommé DRH avant de devenir, en 2010, CEO de l’entreprise.

Votre formation a-t-elle été bénéfique à votre carrière?
L’ingénieur doit décortiquer les problèmes qu’on lui soumet et les résoudre en allant chercher des expertises. C’est cette notion d’analyse de problème et de débrouille que m’a procuré ma formation. Elle m’a aidé tout au long de mon parcours. Quand je suis rentré à l’aéroport en 2007, je ne connaissais pas la différence entre un bateau et un avion. Alors j’ai appris, je me suis entouré. Ma façon de travailler a toujours été inspirée de mon expérience de joueur de foot professionnel. Certains de mes coéquipiers ne savaient ni lire ni écrire, mais ils nous faisaient gagner des matchs. Le travail en équipe a toujours été mon idée. Même CEO de l’aéroport, je ne suis qu’une pièce du puzzle, c’est ensemble qu’on réussit. On a besoin de tout le monde pour gagner.

Quels sont les défis principaux auxquels vous avez dû faire face en intégrant l’aéroport?
Avant toute chose, il a fallu comprendre le modèle, apprendre à connaître les clients et puis, avec les équipes, gérer la croissance. En 2008, on avait 27 destinations. On en a quasiment 190 aujourd’hui. On avait 2 millions et demi de passagers, on arrive aux 7 millions et demi. Il a donc fallu gérer notre développement et ce, conformément à un modèle que j’ai toujours souhaité défendre et que je continuerai à défendre, celui de travailler en triangle. Concrètement, l’objectif est de créer de la valeur qui serve aux trois branches du triangle. La première branche, c’est le développement de l’infrastructure, dans l’intérêt des compagnies et des passagers. La deuxième, ce sont les actionnaires. Les actionnaires publics qui requièrent du développement socio-économique et les actionnaires privés qui attendent un peu de dividende. Et le troisième, c’est le personnel, avec la création d’emplois et, quand c’est possible, la distribution d’une partie de la valeur générée. C’est de l’équilibrisme, mais c’est un modèle qui fonctionne assez bien.

 

Même CEO de l’aéroport, je ne suis qu’une pièce du puzzle

 

L’aéroport de Charleroi, ça représente combien d’emplois?
Actuellement, on est à plus ou moins 3.000 emplois: 650 emplois au sein de ma société directe, environ 400 personnes qui contrôlent les passagers, et puis il y a tous les employés des magasins et des services annexes à l’aéroport. Si l’on ajoute encore le personnel des hôtels liés indirectement à l’aéroport, etc., on est aux alentours de 5.000 emplois.

Quelle relation entretenez-vous avec vos collaborateurs et partenaires?
On dit que je suis le copain de tout le monde. C’est gentil, ça me touche beaucoup. Moi, tout ce que je demande, c’est le respect mutuel. Chacun a sa place dans l’entreprise. Mon rôle s’apparente à celui d’un entraîneur d’une équipe de sport. La moyenne d’âge de mes employés est de 32 ans. Ce que je souhaite pour eux, c’est la pérennité de l’activité. On a plusieurs fois dû faire face à des situations difficiles qui nous ont fait du tort. Chaque fois, tout le monde a cru que c’était la fin du monde. Je disais « non, on se relève les manches et on se bat ». On s’est battu et on a réussi. Il faut toujours continuer à faire des efforts. On est dans un milieu concurrentiel, ce n’est pas facile tous les jours, il faut être compétitif.

Quelles sont, selon vous, les principales qualités d’un dirigeant d’entreprise?
L’écoute. Et puis, il ne faut pas se prendre pour ce que l’on n’est pas. On a peut-être des diplômes, c’est bien, mais personnellement, j’ai surtout appris à apprendre et j’apprends tous les jours. Être à l’écoute des gens, de tous les gens, c’est ce qu’il y a de plus riche. À partir du moment où tout le monde se respecte, ça ne peut que bien fonctionner. Aussi, je dis toujours au personnel qu’il peut venir me voir avec des problèmes, mais à partir du moment où il a pensé à des solutions. Même si elles ne sont pas bonnes! Chercher des solutions révèle déjà un effort et permet d’avancer.

 

J’ai surtout appris à apprendre et j’apprends tous les jours

 

Quels conseils donneriez-vous aux jeunes qui voudraient se lancer en tant qu’entrepreneur?
Quel que soit son niveau, il faut être courageux, respecter les valeurs naturelles et continuer à apprendre. Même si l’on ne poursuit pas d’études, ce n’est pas grave. L’important est de savoir ce qu’on veut faire et de s’investir dedans à fond, d’aller au bout des choses sans avoir peur de l’erreur ou de l’échec car c’est ce qui fait grandir. Quand j’ai commencé à travailler, en 1984, il n’y avait pas de PC, pas de GSM, pas d’Internet. Au fur et à mesure des années, la transformation a été fulgurante et j’ai vu des gens très perturbés. Les jeunes sont sans doute mieux préparés que ma génération mais je dirais qu’il faut être en état de veille permanente par rapport aux nouveautés. Aujourd’hui, faire un seul et même métier toute sa vie, c’est quasi fini. Il faut être capable de s’adapter, ne jamais dire que c’est acquis. Moi, j’ai toujours tenu car, encore une fois, je viens du sport et, quand on gagne un match, on est content, on guindaille pendant deux jours et ensuite on se remet au travail car d’autres matchs arrivent. Je mets cela en application dans mon boulot, ça m’aide énormément à surmonter les défaites: demain est un autre jour, qu’est-ce qu’on fait pour gagner, ou pour continuer à gagner?

Si Jean-Jacques n’était pas CEO, que serait-il?
« Quand j’étais petit, je rêvais d’être fermier, un métier merveilleux. Ces derniers temps, je me suis imaginé metteur en scène. Réaliser une comédie musicale me plairait beaucoup. Ou bien être responsable d’un club de vacances, dans un bel hôtel au bord de la mer. »