Les secteurs de la construction, de l’énergie et de la décoration ont toujours connu un grand succès en Belgique. Ils sont en continuelle évolution. Nous avons rencontré des représentants de chacun de ces domaines pour faire le point sur leur métier.

 

Robert de Mûelenaere
Directeur de la Confédération Construction

Quelles sont les dernières innovations dans votre secteur? Quelles en sont les avantages?
La transition numérique est en plein essor. Il suffit de penser à l’utilisation de robots, de machines connectées, à l’impression ou au scannage en 3D, ou encore aux drones. Grâce au numérique, l’efficacité et la rapidité d’exécution augmenteront considérablement. Le délai de réalisation d’un projet s’en trouve ainsi réduit. Les coûts de non-efficacité s’en trouvent, eux aussi, nettement amoindris. Au niveau du bâti, une maison devient un PC avec un toit. Des technologies intelligentes et le flux de données ainsi générés permettent de construire des bâtiments peu énergivores, neutres en CO2 et durables et d’en assurer le suivi permanent. Il sera beaucoup plus facile de mesurer la consommation réelle.

Quels obstacles rencontrez-vous dans votre secteur?
Beaucoup d’entreprises ne se rendent pas encore compte de la réalité du numérique. Une entreprise sera numérique ou ne sera pas. Aujourd’hui, il manque un sense of urgency. La recherche du personnel adéquat est intimement liée à cette transition. Le numérique entraînera une augmentation considérable de la demande en connaissances et en compétences (skills). Si on arrive à attirer des nouveaux profils, la construction pourrait connaître un nouvel élan. N’oublions toutefois pas que depuis 2012, l’emploi belge dans notre secteur a subi une pression considérable, suite au dumping social et au phénomène du détachement.

Comment imaginez-vous votre secteur dans le futur (une dizaine d’années)?
Le numérique est avant tout affaire de collaboration. Le modèle classique que nous connaissons aujourd’hui fera place à des collaborations transparentes entre tous les partenaires de la construction. Le consommateur en profitera le plus. Il suivra, en real time et de tout près, le processus de construction et découvrira sa nouvelle maison avant même qu’elle ne soit construite, via des lunettes Virtual Reality, par exemple. Une autre évolution très importante consistera en l’économie circulaire. Notre secteur est à l’avant-garde, parce que les possibilités y sont énormes. À l’avenir, il s’agira de construire de manière modulable. Et de réutiliser des éléments à d’autres fins.


 

Thierry Castagne
Directeur général Wallonie chez Agoria

Quelles sont les dernières innovations dans votre secteur? Quelles en sont les avantages?
Les fabricants investissent en permanence dans l’innovation pour mettre sur le marché des appareils performants d’un point de vue énergétique et dont les émissions polluantes sont extrêmement limitées. Le parc des poêles et inserts installés actuellement dans les foyers belges est en effet vétuste et ces anciens appareils peuvent poser problème en termes d’impact sur la qualité de l’air. C’est un nouveau challenge au niveau énergétique. Le secteur mène de nombreux projets de recherche dans des domaines aussi variés que la combustion, la chimie des matériaux, les traitements de surfaces fonctionnalisées, la simulation numérique, l’Internet des objets… Bref, on se dirige vers des appareils de plus en plus intelligents et automatisés.

Quels obstacles rencontrez-vous dans votre secteur?
Un poêle mal installé peut perdre en performance, l’installation de l’appareil joue donc un rôle crucial. Nous agissons pour mettre en place une formation (avec label) pour les installateurs de poêles et inserts. Nous plaidons aussi pour une politique de remplacement avec obligation de reprise pour éviter que les vieux poêles ne retournent sur un marché de l’occasion. Un feu ouvert traditionnel pollue autant que 4 appareils anciens ou que 278 appareils dernière génération! Le consommateur a également un rôle à jouer en achetant un bois de qualité – des tests démontrent que le bois humide a un impact néfaste sur la création de particules fines – et en utilisant la bonne technique d’allumage.

Comment imaginez-vous votre secteur dans le futur (une dizaine d’année)?
Les chauffages individuels au bois sont appelés à avoir un rôle de plus en plus important dans le chauffage des bâtiments. D’autant que le bois, contrairement à d’autres sources d’énergie, est un combustible disponible localement dont la sécurité d’approvisionnement et le prix restent stables sur le long terme. L’industrie va continuer à développer des appareils de plus en plus performants, en jouant par exemple sur l’automatisation. Le poêle de demain pourrait se régler tout seul en fonction de la température demandée, de la qualité du bois…  Il pourrait par exemple ne pas se mettre en marche si l’utilisateur y place un bois trop humide, donc inefficace d’un point de vue environnemental.


 

Sandrine Leclercq
Architecte d’intérieur (Création Intérieur Design scrl) et professeur d’atelier à l’Esa Saint-Luc de Bruxelles

Quelles sont les dernières innovations dans votre secteur? Quelles en sont les avantages?
Parmi les multiples innovations, j’en citerai deux qui retiennent mon attention.
D’abord, les produits imitant les matériaux naturels qui ont comme avantage d’offrir un champ d’application beaucoup plus vaste. La qualité de ces produits s’est fortement améliorée ces dernières années tant au point de vue technique qu’esthétique. Pour donner un exemple, on peut trouver actuellement sur le marché des imitations de pierre naturelle, de marbre, de bois… qui n’ont rien à envier à leur modèle d’origine.
Ensuite, le LED a grandement évolué ces dernières années, offrant aux consommateurs des solutions en matière d’ambiance lumineuse de plus en plus agréable alliant écologie et économie.

Quels obstacles rencontrez-vous dans votre secteur?
Ce qui pourrait représenter un obstacle serait la difficulté de trouver de bons corps de métier fiables et méticuleux. Je pense qu’il est urgent de revaloriser les métiers de la construction pour garder un niveau de qualité répondant aux attentes des clients.
Un autre obstacle pourrait résulter du fait qu’aujourd’hui le grand public ne prend pas la pleine mesure des bénéfices liés à l’accompagnement d’un architecte d’intérieur qui, en réfléchissant au projet dès sa naissance, pourrait apporter une cohérence globale et une homogénéité de ses espaces de vie ainsi qu’une aide utile dans le suivi d’un chantier, processus souvent complexe pour tout un chacun.

Comment imaginez-vous votre secteur dans le futur (une dizaine d’année)?
À l’avenir, pour la majorité des êtres humains la surface par habitant au mètre carré tendra à diminuer dans les métropoles. C’est l’entièreté des espaces de vie qui devra être repensée. Il apparaît essentiel d’apporter de nouvelles solutions.
Selon moi, cela implique la mise en place d’équipes pluridisciplinaires alliant les compétences de chaque intervenant (architecte, architecte d’intérieur, décorateur, paysagiste, graphiste, designer, agronome, spécialiste en énergie…) avec comme objectif de rencontrer au mieux les attentes du client. Cette interconnexion de disciplines devrait être appliquée dès le début du processus créatif en vue de maximiser le bien-être des futurs habitants.