Au moment où tant de métiers évoluent, la formation s’affirme encore plus comme un outil capital de développement. Mais à manier habilement et en réponse aux réels besoins des sociétés et de leur personnel.

 

Céline Van Vlaenderen
Chargée de la « customer excellence » et de la transformation digitale de la Business Unit chez Solvay

Quel est le meilleur plan de formation pour une entreprise?
« Je suis environ 3 formations par an depuis 10 ans. J’équilibre soft skills et hard skills. Solvay dispose d’un solide catalogue de formations données surtout en interne mais parfois par des extérieurs. Chacun peut s’inscrire mais on suit aussi un processus selon lequel l’employé et son manager réfléchissent aux formations utiles pour sa fonction actuelle et son développement. Il arrive que le manager initie des formations pour l’équipe. Notre unit a suivi une formation « processcom » qui vise à cerner la personnalité de chacun pour améliorer la com’ entre Rebelle, Persévérant, Travaillomane… Ce processcom de mes collègues et de mes clients internes, m’a appris à mieux travailler avec eux. »

Quelles sont les formations les plus utiles/celles que vous préférez?
« Une bonne formation est une formation in action donnée par un formateur qui connaît la société. J’ai apprécié des sessions influence ou mindfulness pour focaliser sur le présent. Très précieux pour gérer le stress! Mais c’est l’International Management Seminar qui a eu le plus d’impact sur moi. Chaque année, 80 participants du monde entier, aux backgrounds divers, sont regroupés par 10 et bossent à distance sur une problématique vécue par une autre Business Unit. À la fin, tous se retrouvent en séminaire intensif de 5 jours, pour présenter leurs solutions au top management. La direction échange alors de manière très ouverte avec chacun. Cela apporte à Solvay, un fresh eye sur des problèmes réels. »

Les jeunes ont-ils besoin de formation dès leur début dans la vie active?
« Un diplôme n’est que la preuve qu’on a appris à apprendre. Même les plus jeunes doivent se former. Dès la première année, on pioche avec le nouvel employé dans notre large catalogue les formations utiles. Quant aux jeunes qui cherchent un premier job, je leur conseille vraiment le stage en entreprise. Ça vaut formation. Mon premier stage dans une société pharmaceutique a été capital. Il a construit mon expérience en gestion du changement et du lancement de projet. Cette expertise m’a ensuite ouvert les portes d’une société logistique puis de Solvay. Il faut se former sans arrêt pour se développer et mieux se connaître. Plus on se connaît, mieux on peut travailler sur soi-même et avec ses collègues.»


 

Jonathan Fox
Formateur du bureau PerCo. Forme régulièrement chez Proximus, Fluxys et dans des SPF.

Quel est le meilleur plan de formation pour une entreprise?
« Chaque société doit trouver le parfait équilibre entre bien-être de ses collaborateurs et productivité recherchée. Le bon plan de formation est celui qui répond aux besoins du personnel en matière de développement. Et les gens sont très motivés par l’apprentissage et trouvent que c’est une valeur ajoutée. Les formations permettent  aussi à l’entreprise d’identifier de nouvelles compétences à adopter pour s’adapter à notre époque bousculée par la révolution digitale. Quant au choix des formations, les RH devraient plus réfléchir à la détermination des besoins réels grâce à une analyse plus scientifique. Il faut une gestion des ressources humaines basée sur les preuves plus que sur les modes. »

Quelles sont les formations les plus utiles/celles que vous préférez?
« Comme formateur, j’ai des règles d’or. Primo, établir le contact. Pas celui du maître-élève mais celui du détenteur d’un bagage à partager via des discussions, simulations. Deuxio, ne pas apparaître comme la “voix” de l’entreprise et de sa direction mais comme un passeur de savoir, ouvert et indépendant. Tertio: toute formation doit être modélisée et s’articuler sur des connaissances à partager et un volet pratique pour impliquer chacun, les mettre en action. Enfin, parmi les “formésˮ, il y a ceux qui s’inscrivent et ceux qui sont inscrits par leurs supérieurs. Le défi est de faire en sorte que tant le “volontaireˮ que celui qui est obligé de venir, ressortent contents. »

Les jeunes ont-ils besoin de formation dès leur début dans la vie active?
« Je forme souvent de jeunes universitaires “haut potentielsˮ nouvellement engagés, en apparence différents de leurs aînés déjà par leur rapidité de génération connectée. Mais, finalement, ils rencontrent les mêmes problèmes, les mêmes besoins. Ils ont le même sens de la hiérarchie et, dès le début, le même besoin de formation. Pour amorcer sa carrière, les stages en entreprises sont souvent une voie idéale. Ils forment en direct, dans la réalité de l’activité et de son personnel. On dit qu’ils débouchent sur 60 % d’embauche. Dernier conseil: pour qu’une formation vous serve, continuez à arroser la plante. Levez le nez, regardez ce que font les autres, réfléchissez à ce que vous faites, tout ira mieux.»


Frédéric Hennaut
Directeur du personnel et de l’organisation de Solidaris

Quel est le meilleur plan de formation pour une entreprise?
« Chez Solidaris, la formation est un vrai trajet de développement individuel. Selon 3 axes: la connaissance de la mutualité et de ses rouages;  les formations techniques liées à chaque métier et les formations comportementales. La formation au savoir-faire c’est 100 % en interne. Le savoir-être c’est 70 % en interne. Managers et employés fixent leurs besoins de formations concoctées à la “sauce mutualisteˮ. La clé, c’est la transmission de savoir par des gens qui connaissent à fond l’entreprise, sa culture et son fonctionnement. Les formations sont élaborées pour coller à nos spécificités d’Union de Mutuelles qui n’est pas une société classique mais une entreprise de services et d’accompagnement social des gens. »

Quelles sont les formations les plus utiles/celles que vous préférez?
« Nous avons la caractéristique que 25 % de nos temps pleins travaillent en front office, au contact des affiliés et donnent un vrai service en direct. Mais ce guichetier en première ligne, dont le métier est en pleine mutation, a un deuxième client “interneˮ: ses collègues en back office qui assurent le suivi des affiliés. Entre front et back office, la communication est cruciale et nos formations se concentrent énormément sur cette orientation “clientˮ interne et externe. Pour ces formations “organisationnellesˮ, c’est du sur mesure Solidaris, car nous ne sommes pas, ni dans la finalité ni dans l’articulation de nos métiers, une entreprise comme une autre. »

Les jeunes ont-ils besoin de formation dès leur début dans la vie active?
« Absolument. Sur nos 2100 employés francophones (les 6 mutualités socialistes wallonnes et l’Union nationale à Bruxelles), 300 ont moins de 30 ans! En plus, on n’arrive pas chez Solidaris parce qu’on a étudié pour ça. C’est un univers professionnel riche mais mal connu. Il faut apprendre ce qu’est la sécurité sociale, ses métiers, sa gouvernance, son fonctionnement, sa finalité sociale et citoyenne. Cela fait l’objet d’un séminaire de 2 jours dès l’entrée en fonction des nouveaux. Ils reçoivent aussi tout de suite les formations techniques liées à leur métier et à leur position en front office ou en back office. »


 

Philippe De Breuck
Adhérent de l’Intermarché de Rebecq, et, dans le cadre du Tiers-Temps, administrateur de l’Union des Mousquetaires

Quel est le meilleur plan de formation pour une entreprise?
« Notre société est un cas à part. Pour les chefs, appelés adhérents, la formation théorique et pratique dure entre quatre mois et demi et 6 mois. Sans devenir boucher ou boulanger, le chef d’entreprise doit apprendre les bases des différents métiers de la distribution et en connaître les points de contrôle. On y ajoute gestion et informatique. Le cycle de formation se termine par un bilan de connaissance devant un jury d’experts, au cours duquel, la simulation de reprise et de relance d’un point de vente est analysée. Une structure interne de formation assure que les adhérents continuent à se former tout au long de leur parcours.»

Quelles sont les formations les plus utiles/celles que vous préférez?
« La meilleure formation c’est l’immersion. Celle qui plonge chaque adhérent chef d’entreprise dans l’univers d’Intermarché, son fonctionnement, sa philosophie commerciale, sa solidarité entre franchisés. Chaque nouveau patron de point de vente vit une semaine d’intégration dans notre siège international. Il peut y sentir ce que représente le groupe à l’international. Une attention particulière est apportée aux collaborateurs qui constitueront l’équipe lors de la création d’un point de vente car cela concerne l’embauche d’une vingtaine de personnes. Dans ce cas, le nouveau franchisé est épaulé par un spécialiste en recrutement de notre centrale de Louvain-la-Neuve.»

Les jeunes ont-ils besoin de formation dès leur début dans la vie active?
« La grande distribution est encore un des rares secteurs où on peut entrer comme apprenti ou universitaire et en devenir le chef d’entreprise. À force de courage, ténacité et intelligence pratique. Nous engageons des profils confirmés mais également des jeunes qui ont soif d’apprendre, les formations étant dispensées suivant le profil et l’expérience de chacun. Pour eux, l’idéal est donc une formation spécifique donnée par des conseillers à la vente qui circulent à la demande dans chaque magasin. Ils attachent une attention particulière aux jeunes nouveaux en les guidant dans leur pratique de tous les jours, au niveau de la gestuelle, de l’attitude, de l’organisation du travail. Notre personnel jeune est ensuite très en demande de formations spécifiques.»