En collaboration avec

Patrick Binot, Directeur Général à La Ligue Des Familles

Je suis en train de vous annoncer la naissance de nouvelles façons de faire famille: monoparentale, recomposée, homoparentale, polyamoureuse…

Modèle conventionnel
Bien sûr, cette diversité peut déranger, voire même inquiéter certains qui ont opté pour un modèle plus conventionnel (61 % des familles). Mais, n’avons-nous pas tous une manière différente de conduire notre projet familial? En définitive, qu’avons-nous à craindre des choix de vie de nos semblables d’autant qu’ils ne nous perturbent que pour la seule raison qu’ils existent? Ne conviendrait-il pas au contraire de nous réjouir de cette ouverture à d’autres configurations familiales qui peuvent, admettons-le, constituer une condition de bien-être pour celles et ceux qui en ont fait le choix et qui pourraient peut-être un jour nous inspirer. Ne vaut-il pas mieux vivre parmi des parents épanouis, assumant leurs différences?

Conciliation des temps
En prenant un peu de champ, on constate que tous les parents n’ont pas opté délibérément pour leur modèle familial. Imaginez-vous, après une séparation, seule ou seul à la tête d’une fratrie. Pour 23 % des familles (31 % à Bruxelles), c’est leur réalité quotidienne. Et, dans 70 % des cas, c’est la femme qui assume tous les rôles. Passons en revue son parcours de combattante. Son problème principal (32 % des parents solos) sera d’abord la conciliation des temps. Elle devra jongler entre travail et famille, si elle a la chance d’avoir un emploi (68 % des mères dont 11 % à mi-temps). Dans le meilleur des cas, elle pourra compter sur une aide extérieure, comme celle de ses propres parents (pour 45 % des familles monoparentales). Le moindre grain de sable prendra des proportions insoupçonnées. Pour 29 % des familles mono-parentales gagnant moins de 1.500 euros par mois, la plus petite dépense imprévue constituera
un obstacle insurmontable, si les contributions alimentaires sont versées régulièrement (seulement dans 60 % des cas).

 

Dans 70 % des cas, c’est la femme qui assume tous les rôles

 

Réaction imprévue
Il me revient en mémoire ce témoignage d’une mère-courage qui tirait le diable par la queue. Un soir, elle surprit son enfant de 7 ans en train de fouiller son porte-monnaie. Avant même de lui avoir laissé le temps de s’expliquer, elle lui fit la leçon. Elle insista
sur l’importance d’être honnête, d’autant plus dans la situation que connaissait leur petite famille. À court d’arguments, elle fit une pause. Son fils, des larmes dans les yeux, s’éclaircit la voix et lui confia : « Maman, tout cela je le sais. C’est justement la raison pour laquelle je prends tes pièces jaunes. Tu sais, parfois à l’école, on nous distribue une feuille à remettre aux parents. Celles où on demande de l’argent, je ne te les donne pas. Je sais que cela t’énerve. Alors, quand je trouve des pièces jaunes, je les mets de côté pour pouvoir payer tout seul. »

Les familles ont changé. Le soutien 
à la parentalité ne s’est pas adapté
 à leurs nouvelles réalités. Les conséquences sont lourdes: un parent sur quatre risque le burnout parental. De quoi nous faire réfléchir…