En collaboration avec

Étienne Wéry, administrateur délégué des hôpitaux publics d’Iris

Les défis des soins de santé en Belgique appellent une plus grande régulation du secteur, mais pas uniquement des hôpitaux…

Tendances
Trois tendances coexistent actuellement. Primo, le vieillissement de la population, la densification des grandes villes, la prévalence des maladies « chroniques » sont parmi nos principaux défis. Ce qui imposera d’adapter l’offre à une demande de soins sans cesse croissante.

Évolution sociologique
Deuxio, l’évolution de notre sociologie et l’avènement de l’ère numérique. Le patient de demain est connecté et mobile, acteur et décideur de ses soins, et finalement de plus en plus impatient. L’hôpital de demain doit répondre à ces nouvelles attentes et développer une autre approche de sa relation au patient.

 

Le patient de demain est connecté et mobile, acteur et décideur de ses soins, et finalement de plus en plus impatient

 

Évolution du secteur
Tertio, l’évolution du secteur. Comme dans de nombreux autres pays, les autorités politiques belges souhaitent décloisonner les différentes structures de soins pour couvrir un territoire où chacun aura un rôle au travers d’un même trajet de soins. Cela va de pair avec une réduction des hospitalisations, une concentration de certaines pathologies et traitements lourds dans un nombre limité d’hôpitaux, une coordination accrue entre acteurs de soins et une automatisation – voire robotisation – de certaines activités.

Facilitation
Ces trois tendances auront des effets divers. En théorie, on peut en attendre une facilitation de l’accès aux soins grâce aux développements numériques et à la répartition des prises en charge. On peut aussi en espérer un gain qualitatif basé d’une part, sur le recours prioritaire à un généraliste pour gérer le patient à 360° et sur une implication plus forte des patients dans leurs propres soins et d’autre part, sur le fait qu’une hospitalisation moins longue accélère souvent le rétablissement et diminue le risque d’infections nosocomiales. Sur le gain financier, je suis plus dubitatif…

Réforme
La réforme de Madame De Block se concentre essentiellement sur l’hôpital. Cette approche est nécessaire mais insuffisante parce que les actes extra-hospitaliers vont se multiplier en conséquence – ils sont au même tarif qu’à l’hôpital, mais souvent plus chers pour le patient –. Et parce que le financement des structures alternatives à l’hospitalisation est insuffisant voire inexistant – et de compétence régionale…–.

Nouvelle dynamique
Dans cette nouvelle dynamique, se pose un enjeu majeur : les moyens dont disposera le secteur des soins de santé pour y répondre. Si le financement des soins et de l’hébergement ainsi que le nombre de prestataires – aujourd’hui insuffisant – n’augmente pas et si ces moyens ne s’adaptent pas dans le cadre d’une nouvelle répartition entre acteurs de soins, je redoute un sérieux allongement des délais pour accéder à certains prestataires ou technologies de soins et, en corollaire, une dualisation des prises en charge selon que le patient ait ou non les moyens de payer des « suppléments ».