Les soins de santé et la médecine sont une question de premier ordre en Belgique. Les avancées technologiques des dernières années ont notamment permis à la Wallonie et à Bruxelles de se développer. Trois experts nous éclairent sur le sujet.

Sylvie Ponchaut, Directrice générale chez Biowin

Comment aide l’avancée des technologies médicales à développer le monde de l’entreprise en général? 
« La Wallonie est bien positionnée. Nous avons un écosystème riche avec des chercheurs de premier plan dans nos universités et dans nos entreprises. Nous avons dans notre région 7 grands groupes, GSK, UCB, Baxter, Zoetis, IBa, Eurogentec-Kaneka et l’Institut des radioéléments, et plus de 150 PME développant des produits innovants qui vont impacter la santé dans les prochaines décennies. L’industrie biopharmaceutique est devenue le moteur de notre croissance. Elle représente le 1er secteur industriel en termes de valeur ajoutée et d’emploi. Depuis 2005, la croissance moyenne annuelle de l’emploi dans les entreprises membres du Pôle BioWin est de 7,7 %. Depuis notre lancement, l’emploi au sein de nos PME a plus que triplé. »

Selon vous, dans quels secteurs précis la Région wallonne et la Région bruxelloise se distinguent-elles le plus?
« Les secteurs dans lesquels la Région se distingue sont nombreux. La Wallonie a une position de leader mondial dans le développement et la production industrielle de produits biopharmaceutiques et de vaccins. Notre région dispose également de talents académiques et industriels dans le domaine de la radiopharmacie. Enfin, le secteur de la thérapie cellulaire s’est développé de façon impressionnante durant la dernière décennie. »

Quel est, selon vous, l’avenir des innovations médicales sur une période de dix ans? À quoi peut-on s’attendre?
« La médecine du futur va bénéficier des nombreuses innovations technologiques qui ont été développées au cours des dernières années: l’imagerie médicale (diagnostics de plus en plus précis), les avancées dans le domaine de la thérapie cellulaire, les progrès dans l’impression 3D et le développement des technologies prothétiques… Il est clair que malgré ces progrès fulgurants, les défis à relever restent importants. Je veux parler de défis scientifiques et technologiques mais également de défis économiques: les traitements développés doivent être accessibles à des coûts raisonnables. Ceci exigera indubitablement des changements dans nos politiques de soins de santé. »

Docteur Bernard Deruyter, Coordinateur Rythmic Clinic (Clinique de l’Europe)

Comment aide l’avancée des technologies médicales à développer le monde de l’entreprise en général? 
« Le développement digital a véritablement révolutionné mon activité quotidienne de cardiologue spécialisé dans la prise en charge des arythmies cardiaques et leur traitement par ablation (coagulation de foyers anormaux au sein du muscle cardiaque, ndlr.). Que ce soit dans l’enregistrement, le diagnostic, la compréhension des mécanismes ou le traitement de ces anomalies du rythme, l’évolution est constante. Depuis l’utilisation de dispositifs connectés ou d’applications sur smartphone jusqu’aux systèmes de cartographie et d’ablation de plus en plus complexes, ces évolutions technologiques ont changé mes relations avec les patients mais aussi et surtout leur confort de vie et leur pronostic. »

Selon vous, dans quels secteurs précis la Région wallonne et la Région bruxelloise se distinguent-elles le plus?
« La 6e réforme de l’État a transféré de nouvelles compétences en matière de soins de santé aux entités fédérées. La prévention et promotion de la santé sont particulièrement visées par un plan insistant sur “les soins de 1ère ligne et sur une base territoriale et cohérente”. Les regroupements en réseaux souhaités par la ministre prennent forme mais les choses ne sont pas simples: là où en Wallonie l’éloignement géographique peut poser problème, il en va autrement à Bruxelles où, sans parler des spécificités linguistiques, la proximité entre les centres hospitaliers et la présence de plusieurs hôpitaux universitaires représente un sérieux challenge. »

Quel est, selon vous, l’avenir des innovations médicales sur une période de dix ans? À quoi peut-on s’attendre?
« Dans ma spécialité, je m’attends à trois grandes tendances. La télémédecine permet de monitorer un patient à distance: c’est déjà le cas pour certains porteurs de pacemakers ou de défibrillateurs, mais ces techniques de surveillance à distance sont appelées à se développer. Les techniques de cartographie et d’ablation vont également continuer à progresser. Outre la complexité de ces techniques nécessitant une formation continue et un investissement important des soignants, et malgré des hospitalisations plus courtes, c’est surtout leur coût et leur impact sur l’équilibre financier des Soins de Santé qui posera de plus en plus problème. »

Aline Stukkens, Conseillère en innovation technologique chez InnovaTech ASBL

Comment aide l’avancée des technologies médicales à développer le monde de l’entreprise en général? 
« Les technologies médicales embarquent de plus en plus d’intelligence pour pouvoir assister la prise en charge des patients ou même leur traitement par le corps médical. Les entreprises qui développent ces technologies dites intelligentes, qui récoltent et traitent des informations à caractère personnel particulièrement sensibles, devront être attentives au respect de la réglementation en la matière, notamment le nouveau règlement européen en matière de protection des données. L’aspect intéressant de ces mêmes technologies est de pouvoir en ressortir des analyses de données poussées permettant d’avoir des modèles d’actions “éclairés” et prédictifs. C’est l’apport du Big Data. »

Selon vous, dans quels secteurs précis la Région wallonne et la Région bruxelloise se distinguent-elles le plus?
« Au niveau de la Région wallonne, le secteur santé est bien développé. Chez InnovaTech, nous constatons une augmentation des projets de PME pour des solutions servant au secteur médical comme par exemple l’impression 3D, les logiciels, les technologies biotech pour les sociétés du diagnostic. Les technologies médicales incluent également tout ce qui concerne la thérapie génique ou cellulaire ou des solutions qui permettent un diagnostic rapide et personnalisé voire prédictif. »

Quel est, selon vous, l’avenir des innovations médicales sur une période de dix ans? À quoi peut-on s’attendre?
« Je pense que les technologies médicales auront progressé dans le sens d’une meilleure prévention des maladies et de leur traitement ainsi qu’un meilleur suivi de santé des populations vieillissantes. C’est en tout cas ce que l’Europe pousse en termes d’innovation. Les technologies permettront aux patients d’être véritablement acteurs “proactifs” de leur santé, encore plus qu’aujourd’hui, et de pouvoir participer concrètement au suivi de leur santé. La thérapie génique ou la médecine prédictive ont un bel avenir devant elles. Par contre, le coût de ces thérapies nouvelles devra faire l’objet de discussions au niveau de la sécurité sociale pour permettre à tous d’y avoir accès. »