L’été dernier, Olivier de Wasseige devenait le directeur général et administrateur-délégué de l’Union Wallonne des Entreprises, succédant à Vincent Reuter. C’est dans son bureau à Wavre qu’il nous a reçus, pour évoquer, entre autres, la situation de l’investissement chez nous.

Licencié et maître en informatique de l’Université de Namur, Olivier de Wasseige, 55 ans, a consacré l’essentiel de sa carrière au secteur informatique chez IBM. Enseignant, coach et créateur d’entreprises, il a notamment fondé une agence web reconnue, Defimédia, en 1999 et initié un fonds lié au numérique, Internet Attitude, en 2010.

Comment se déroule le début de votre nouvelle aventure?
« Très bien! Cela a été un grand changement pour moi, car je baignais dans le numérique depuis longtemps, via mon agence web et mon fonds d’investissement dans les start-up pour Internet. Cela en plus d’activités dans le coaching de jeunes étudiants entrepreneurs et dans la formation. Néanmoins, j’étais déjà depuis 2001 à l’UWE comme administrateur régulier, et même vice-président depuis trois ans. Donc, sans maîtriser tous les rouages, je connaissais bien certains domaines, comme le mode économique wallon, à savoir d’une part, son mode de fonctionnement, et d’autre part, ce qui concerne les taxations des entreprises et les différentes problématiques: de l’environnement à la mobilité, en passant par l’énergie ou l’aménagement du territoire. La grande nouveauté pour moi, c’est surtout de gérer une équipe d’une quarantaine de personnes! »

Autour de vous, certains disent que vous êtes arrivé à un bon moment. Pourquoi?
« Oui, car sans le vouloir, j’ai été nommé à ce poste juste avant le changement de gouvernement. Il y a donc plus de travail que prévu, mais nous en avons profité pour établir d’emblée vingt mesures à présenter à l’ensemble des ministres. Ceux-ci sont ouverts, donc nous avançons bien, au point même d’accélérer le rythme! Même si l’agenda reste chargé, presque chaque journée de travail se déroulant de 5h30 à minuit pour moi. D’abord parce que toute la presse a tenu à me voir (sourire), mais aussi parce que j’ai voulu rencontrer l’ensemble des partenaires avec qui je travaille: l’Union Wallonne des Entreprises est une fédération de fédérations, cela fait donc du monde! Et puis, j’ai décidé de visiter une entreprise par semaine, pour continuer à apprendre, mais aussi pour mettre en avant les réussites belges dans l’entrepreneuriat. »

 

Mettre en avant les réussites belges dans l’entrepreneuriat est important.

 

À ce niveau, justement, quels sont les secteurs les plus porteurs, chez nous?
« C’est toujours délicat de répondre à cela, car nous nous devons de consacrer la même attention à chacun d’entre eux, vu que tout se complète. Mais on sait bien sûr que les domaines pharmaceutique, chimique, industriel, technologique, agroalimentaire, ainsi que ceux de la construction et de la grande distribution restent majeurs. Et puis, on peut inclure le biomédical (les vaccins), le biotech et le digital, sans parler de l’aéronautique, des télécommunications, des technologies liées à l’environnement ou encore, l’évolution des transports. »

D’après vous, où faut-il investir et comment, aujourd’hui?
« C’est là une question primordiale, à une époque où l’argent sur un compte courant ne rapporte plus rien, où l’inflation se poursuit et le niveau de vie augmente chaque année, en marge de la croissance économique. Donc, si vous voulez que votre capital puisse vous permettre de garder le même niveau de vie, il faut que votre argent rapporte. Et le meilleur moyen, c’est d’investir! Après, tout dépend de votre profil, mais les banques sont là pour le définir: êtes-vous un investisseur joueur, risqué ou prudent? En fonction de cela, vous allez travailler avec différents types d’investissements plus ou moins risqués, sachant que l’achat d’obligations l’est toujours moins que les actions. Pour cela, il y a la bourse, mais aussi l’immobilier ou encore, l’art… »

 

©Frederik Hamelynck
©Frederik Hamelynck

Dans l’investissement, on conseille de ne jamais mettre tous ses œufs dans le même panier.

 

… ceci dit, vous préconisez plutôt une diversification des investissements.
« C’est sûr! On conseillera toujours aux investisseurs de répartir leurs portefeuilles entre diverses actions et obligations. Mais il est bon de rappeler que l’on peut investir dans une entreprise de plusieurs façons. Cela peut être via le financement participatif – le crowdfunding – ou bien, par un fonds d’investissement. Si le premier peut parfois être aléatoire, le second offre la possibilité de jouir d’une structure qui fait une étude approfondie du dossier au préalable, avant le choix d’investissement ou non. Puis, un fonds permet de partager le risque et ainsi de ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier. Mutualiser le risque sur plusieurs dossiers, c’est de nos jours capital! »

N’est-ce pas aussi là une solution optimale pour investir localement, et ainsi contribuer au développement du pays?
« Complètement. Plutôt que de mettre un fonds d’épargne dans une société américaine inconnue, pourquoi ne pas développer localement et créer des emplois dans sa propre région? C’est toujours plus simple et moins risqué d’investir dans des entreprises dont on connaît la réputation. Le gouvernement fédéral incite d’ailleurs les citoyens à investir dans les nouvelles entreprises, grâce à un incitant comme le tax shelter. Les risques sont là diminués, car 40 % des investissements sont déductibles en impôts nets, même si cela ne signifie pas qu’il faut foncer tête baissée partout. Il est donc préférable de tabler sur plusieurs dossiers, de sorte, j’insiste encore, à lisser votre risque, entre les éventuelles pertes et les gains très plausibles. Un fonds est toujours plus sécurisant. »

Peut-on dire que l’investisseur belge est moins frileux qu’auparavant?
« On voit clairement une nette évolution, à la fois grâce à ces incitants offerts par le gouvernement, mais aussi par la communication des entrepreneurs, la croissance des PME et le fonctionnement des structures existantes. Aujourd’hui, on peut mieux préparer ses dossiers et être plus rassuré, de sorte à effectuer ses choix en âme et conscience. On peut aussi être actif au sein-même des entreprises dans lesquelles on investit, à travers un mandat d’administrateur ou de coach, par exemple. Et puis, il y a de plus en plus de structures d’accompagnement, utiles pour les jeunes boîtes et les PME. Donc, même si nous avons encore une marge de progression à ce niveau, que l’investisseur belge est prudent par nature et que l’argent dormant sur les comptes épargne reste encore extrêmement important, le contexte actuel est positif. »

Si Olivier de Wasseige n’avait pas exercé son métier, il serait devenu…
« Pendant mes études, je rêvais d’être architecte. Si je ne le suis jamais devenu, c’est simplement parce que j’ai opté pour des études informatiques. Et puis, peut-être que j’aurais voulu faire du journalisme, car j’ai toujours bien aimé être au courant de l’actualité, la commenter. Et certainement enseignant, car j’accorde beaucoup d’importance à la transmission du savoir. »